À Charles Spon, le 30 janvier 1652
Note [11]

Le chemin de Rouen ou de Pontoise, partant de Paris (porte Saint-Honoré, aujourd’hui le carrefour des rues Saint-Honoré et Royale, entre la Madeleine et la Concorde), traversait deux fois la Seine, à Asnières et Argenteuil, avant de passer au-dessus de Cormeilles. La montagne est aujourd’hui le Bois de Cormeilles et une des rues qui monte cette colline porte le nom de Guy Patin.

En 1864, dans une lettre adressée au Dr Maximin Legrand, son confrère, Achille Chéreau a narré l’exploration qu’il fit à la recherche de la maison des champs de Guy Patin (L’Union médicale, tome xxiii, no 103, jeudi 1er septembre 1864, pages 401‑405) :

« Plus heureux que vous, mon cher ami, j’ai pu suivre les traces de Guy Patin dans son cher Cormeilles, qu’il aimait tant, dont il célèbre avec tant d’amour le site, l’air pur, les cerises, les fraises et les mûres. […] Dimanche dernier, 31 juillet, je faisais comme vous, mon cher ami, et j’allais à Cormeilles-en-Parisis. Seulement, profitant de vos mécomptes, je laissai de côté les maisons et je m’occupais des gens. Je me suis dit que, malgré les ravages du temps, malgré nos révolutions et les transformations municipales, trois personnages, autrefois fondus en une seule puissance – la paroisse –, maintenant profondément séparés, pourraient venir à mon aide dans mes investigations. J’interrogeai successivement le curé, le maire et le notaire de l’endroit. […] Nous irons, sur l’indication du notaire, frapper à la porte d’une admirable résidence de campagne. Ne craignons rien. Le châtelain est un homme excellent et plein “ d’humour ”, marié à une célèbre artiste du Théâtre-Italien, enlevée à ses nombreux admirateurs, et qui nous recevra avec la courtoisie d’un gentilhomme. Au premier abord, il vous sera bien difficile de reconnaître la maison de campagne de Guy Patin dans cette construction toute moderne qui s’élève au pied de la montagne, dans ces magnifiques parterres, jonchés de fleurs, dans cette pelouse verdoyante qui monte jusqu’au sommet de la colline, et dans ces beaux arbres d’essences diverses et de fraîche importation. […] Mais interrogez l’aimable maître de céans ; il vous dira avec un accent italien : “ C’est bien ici qu’étaient la maison et le jardin de votre célèbre confrère, le doctour Guy Patin, qui était bien meilleur écrivain que bon médecin, car il saignait trop ses pauvres malades. Pour moi, je n’en voudrais pas pour mon doctour… Les voûtes des caves existent encore telles qu’elles étaient au xviie siècle ; seulement, elles ne sont plus sous la maison actuelle qu’on a élevée plus haut, sur le flanc même de la colline ; au sommet, j’ai trouvé les restes du moulin à vent dont le doctour parle dans ses lettres ; une source d’eau minérale que j’ai fait analyser et qu’on a trouvée contenir de la soude et du fer, coule encore au même endroit… Guy Patin en parle dans ses lettres… En faisant réparer un vieux réservoir, j’ai pu recueillir une table de pierre… Tenez, la voici ; examinez avec soin et vous lirez ces mots qui y sont gravés : intus aquæ dulces. {a} D’ailleurs, les cerisiers poussent admirablement ici. En voilà un surtout qui donne d’excellents bigarreaux, etc. Qui sait ? ce sont peut-être les petits neveux de ceux que mangeait Guy Patin, et dont il régalait ses confrères. ” Cette pierre gravée ne vous semble-t-elle pas comme une médaille antique que l’on déterre et qui marque l’âge du lieu où on l’a trouvée ? »


  1. « Au-dedans sont de douces eaux » (Virgile, Énéide, chant i, vers 167).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 30 janvier 1652. Note 11

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0280&cln=11

(Consulté le 27.01.2023)

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