L. 280.  >
À Charles Spon,
le 30 janvier 1652

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Monsieur, [a][1]

Depuis ma dernière du mardi 16e de janvier, dans laquelle j’en avais enfermé une autre pour M. Ravaud, [2] je vous dirai que le vendredi 19e de janvier, M. Huguetan [3] l’avocat m’a fait l’honneur de me visiter céans et m’y a amené un honnête homme nommé M. Seignoret [4] qui m’a présenté une lettre de votre part, et comme votre beau-frère ; c’est un brave homme à qui j’ai bien de l’obligation, et à vous aussi de me donner de telles connaissances. Nous nous sommes un peu entretenus ensemble, et ai fort bien goûté et approuvé son esprit ; je vous tiens bien heureux d’avoir des parents si bien faits. [1] Pour réponse à la vôtre, je vous dirai que M. Dupuy [5] qui mourut dernièrement est celui à qui M. Ménage [6] a dédié ses Origines de la langue française ; ledit Ménage s’en va faire imprimer un recueil de vers qu’il a faits par ci-devant en diverses occasions. [2][7] J’apprends que l’on imprime une harangue funèbre en l’honneur de feu M. Dupuy l’aîné. [3] Le jeune Chartier [8][9] ne me fait point peur. Quand il plaira à Dieu que nous pourrons avoir audience, je suis assuré de l’emporter. Le grand Guénault, [10] qui fait semblant de le favoriser un peu et qui néanmoins désapprouve fort son livre, m’a dit que Chartier avait été mal conseillé ; je lui dis que j’étais prêt de gager 1 000 écus que je gagnerais tout du long ; il me dit qu’il n’eût pas voulu y gager 5 sols et qu’il avait trop affaire d’argent : semper avarus eget[4][11] Le jeune Chartier fuit, se doutant bien qu’il sera condamné ; et moi, je n’ai point grand soin de le poursuivre parmi tant de fêtes ni d’assemblées du Parlement, vu qu’il est chassé de nos Écoles et qu’il ne jouit de rien ; [12] et n’en jouira jamais s’il ne se vient soumettre aux lois de notre discipline ; autrement, il ne sera point remis en son ordre dont il est déchu ; le revenu n’en est pas grand, mais il en a grand besoin, il est bien sec et bien mal chaussé. J’ai fait aujourd’hui vos recommandations à notre commun ami M. Moreau, [13] qui vous remercie. Nous étions ensemble en consultation [14][15] pour la femme d’un trésorier de l’Extraordinaire des guerres [16] quæ laborat quartana[5][17] Il dit qu’il tâchera de vous écrire bientôt. Je ne pense point que vous me deviez les 8 livres 5 sols que vous dites pour les trois exemplaires des Institutions de M. Hofmann [18] envoyés à M. Volckamer, [6][19] car comme il les a reçus et vous les a payés, je n’en dois faire aucun compte avec lui ; ce qu’autrement j’eusse fait. J’attends un petit paquet qui me vient de sa part par Hambourg ; [20] quand je l’aurai reçu, je compterai avec lui, il me devra encore de reste. La première fois que M. Du Prat [21] viendra céans, je compterai avec lui de ce que je vous dois en y acquittant les 6 livres que vous me mandez pour les deux livres du P. Théophile Raynaud [22] et la lettre de M. Musnier, [23] dont je vous remercie bien humblement. Je vous prie de dire à M. Rigaud [24] que je lui baise très humblement les mains et que je le supplie d’adjoindre à votre petit paquet le Petrarcha redivivus Tomasini[7][25][26] et les autres livres qu’il m’a promis de Genève et d’Yverdon, [27] dont je vous ai fait mention dans ma dernière. J’ai assurance que dans le manuscrit de Humoribus qui est entre les mains de M. Rigaud, il y a quelque chose d’atroce contre Fernel, [8][28] que je vous prie de voir et d’effacer avant que le compositeur y travaille ; mais de l’effacer simplement afin que je le puisse lire et reconnaître, quand la vieille copie m’aura été rendue, comme ledit M. Rigaud s’y est obligé et me l’a promis. Il s’est trompé lorsqu’il vous a dit que j’étais veuf : j’ai encore ma femme, [29] Dieu merci, et espère de mourir devant elle, comme plus vieux qu’elle de six ans. La cause de la tromperie, c’est qu’il ne l’a point vue céans quand il y est venu cet été ; elle était à notre maison des champs, [30] à quatre petites lieues d’ici, où elle faisait travailler à beaucoup de choses qui avaient besoin de réparation. J’ai acheté cette maison 15 000 livres ou au moins, en ai traité avec mes deux beaux-frères comme d’une pièce de la succession de défunt mon beau-père, [31] lequel mourut il y a un an ; la belle-mère [32] était morte sept mois auparavant. Comme cette maison appartenait à de bonnes gens fort vieux, uterque superabat annum ætatis 80[9] nous y avons trouvé beaucoup de choses à refaire. Il est arrivé que, comme ma femme s’y plaît fort, tant pour le bon air qu’il y a que pour l’abondance du fruit qui y a été l’an passé, elle n’a guère été ici. Et le deuil qu’il m’a vu porter, et que je suis prêt de quitter, ne vient que ex obitu socrus et soceri[10] Notre dite maison est à Cormeilles, une lieue par delà Argenteuil, [33] sur la côte de la montagne qui fait le chemin de Rouen. [11] Mes vignes mêmes vont jusque sur la montagne. Le vin [34] y est fort bon, nous y avons eu sept muids de vin l’an passé, [35] dont j’en ai vendu 100 écus les cinq, pris sur le chantier ; est vinum generosum[12] nous avons gardé les deux autres pour nous. De notre fenêtre je vois 30 lieues de pays. Matthieu de Mourgues, sieur de Saint-Germain, [36] qui a tant écrit contre le cardinal de Richelieu [37] pour la feu reine mère, [13][38] la voudrait bien avoir et m’en a offert 16 000 livres, mais je ne la veux point vendre ; non pas qu’elle me serve, mais à cause de ma femme qui s’y plaît fort et qui prend plaisir d’en avoir soin. Pour moi, je n’ai point loisir d’y aller et même depuis un an, je n’y ai été que trois fois. Mes quatre garçons [39] sont ravis d’y être et d’y chasser, même je leur en ai obtenu une permission. [14] Je pense que vous voilà éclairci de ce que M. Rigaud ne savait point.

Pour les veines lactées [40] de l’anatomie du chien, je ne sais ce que c’est ; [41] mais je sais bien que M. Riolan [42] n’est point de l’avis de ce Pecquet [43][44][45] et qu’il a un traité tout à fait contre lui. [15][46] M. Riolan m’a dit qu’on lui a montré deux petits conduits, mais que ces démonstrateurs ne savent point leur usage ni ce qu’ils montrent, et même qu’ils n’entendent point ce qu’ils disent. [16] M. Gontier [47] a mandé à mon fils aîné [48] qu’il avait eu le bonheur de vous voir à Lyon, il nous écrit assez souvent. On me vient d’apprendre deux choses qu’il faut que je vous communique : la première est que l’on imprime à Orléans [49] le commentaire de Vallesius [50] sur les Épidémies d’Hippocrate ; [17][51][52] et < la seconde > que M. le garde des sceaux, Molé, qui est notre premier président[53] a donné charge à M. Rigault, [54] qui est un des plus savants hommes de l’Europe, doyen des conseillers du parlement à Metz [55] qui est de présent transféré à Toul [56] en Lorraine, [18] d’écrire la vie de feu M. Dupuy l’aîné [57] qui était leur bon ami à tous deux, et même à tout le monde, tant il était honnête homme. Je souhaiterais fort de voir la vie de ce très digne personnage d’une si bonne main. Ce M. Rigault est celui qui nous a par ci-devant donné Phædri fabulas Æsopias[58][59] le Tertullien[60] cum notis, le Saint Cyprien[61] cum notis, un Horace[62] un Juvénal, etc. [19] On nous promet aussi la vie de Tycho Brahe [63] et de Galileo Galilei, [64] faites par M. Gassendi. [20][65] Tout cela sera infailliblement bon, bonne marchandise qui vient de bonnes mains ; et encore meilleur sera l’auteur même lorsqu’il sera arrivé ici et qu’il nous donnera ses traités de physique.

Ce 23e de janvier. On m’a aujourd’hui appris que la reine [66] avait envoyé à M. de Chavigny [67] un commandement d’aller à la cour pour tenir sa place dans le Conseil du roi à Poitiers ; [68] à quoi il n’obéira point, il est ici un des arcs-boutants du Conseil du duc d’Orléans. [21][69] On dit ici que ce prince, qui est naturellement doux et lent, se va remuer tout de bon, qu’il s’en va faire un grand armement et lever beaucoup de monde pour faire une armée de son côté, pour aider à M. le Prince [70] et s’opposer aux entreprises de la reine et du Mazarin, [71] que l’on croit devoir arriver jeudi prochain, 25e de ce mois, à Poitiers. [22] De là vient qu’on dit ici ioculariter [23] que ce jour-là le fort de Sainte-Anne sera ravitaillé, mais c’est une sainte qui n’a point encore fait de miracle et qui ne prend point le chemin d’en faire si tôt ; je crois même qu’elle n’en fera jamais, et principalement en faveur des Parisiens qu’elle a voulu et tâché de faire mourir de faim, et qu’elle hait plus que la peste, combien que l’on n’y haïsse que son Mazarin. M. Riolan a été ici fort incommodé de son asthme [72] depuis un mois à cause des grandes gelées ; il dit que le grand froid le tuera, absit[24] Je le visitai hier, il me montra quantité de petits traités qu’il s’en va faire imprimer in‑4o à cause de quelques figures de vaisseaux en taille de bois qu’il y veut faire mettre. [25]

La vente de la bibliothèque [73][74] continue toujours. Les curieux y courent et n’en achètent guère < de peur > qu’ils n’y soient trompés ; d’autant que les libraires, qui y vont en grande foule pour en acheter, prennent les meilleurs pour eux, par l’intelligence qu’ils ont avec les trois députés qui les vendent ; [26] ils ont fait une cabale de 40 qui en achètent rudement et ont loué une grande salle dans laquelle ils les ont étalés pour les revendre, ce qu’ils font aussi tous les jours près du Palais et où, tous les jours pareillement, grand nombre de curieux se transportent qui en achètent.

Ce 24e de janvier. Le Parlement avait envoyé ses députés à la reine et au roi [75] pour leur faire des remontrances contre le retour du Mazarin. Le chef de la députation était M. le président de Bellièvre [76] accompagné de quelques conseillers, qui y sont allés, y ont été fort patiemment ouïs, et puis renvoyés fort honnêtement et fort civilement, mais sans avoir rien avancé. Lesdits députés par la bouche de leur président ont aujourd’hui rendu compte de leur députation dans la Grand’Chambre, où ils ont fait connaître le crédit que le Mazarin a très grand à Poitiers et dans le Conseil de la reine ; [27] aussi est-ce aujourd’hui que se doivent faire les noces à Poitiers et que ce rouge tyran y arrive.

Aujourd’hui 26e de janvier, j’ai rendu mes comptes à l’École des affaires de notre Faculté, de tout ce qui s’y est passé durant mon premier décanat [77] et de tout l’argent que j’y ai manié tant en recettes qu’en dépenses. On m’a fait la grâce de me croire et de m’allouer tous mes articles de dépenses sans en contrôler aucun ; et m’a été ordonné amplissimum honorarium[28] lequel va à près de 100 écus, et quale nulli cuiquam Decanorum antehac decretum fuit[29] J’ai obligation à notre Compagnie d’avoir eu agréables mes soins et mes travaux, comme aussi de m’en témoigner par sa libéralité une si belle reconnaissance, laquelle même sera très honorable à ma famille et à ma postérité si j’en ai quelque jour dans notre Faculté, comme j’y en ai, Dieu merci, un bon commencement par mon fils aîné, [78] qui y est aimé et qui quelque jour apparemment y aura du crédit, comme j’en ai eu, pour un homme de ma sorte, autant que pas un. Det Dominus meliora, et quod est apud Sallustium, ei benefacere ex consuetudine in naturam vertat : quod equidem cum multo et spero et opto[30][79] Dieu nous fasse la grâce de le voir, et à vous et à moi.

Après que Messieurs les députés eussent rendu compte au Parlement de leur voyage de Poitiers, il se trouva beaucoup de matière sur laquelle il fallait délibérer : cela fut cause que M. le duc d’Orléans fit remettre les avis au lendemain ; si bien qu’hier, toutes les Chambres assemblées, il fut ordonné que sans aucune modification, les arrêts donnés contre le Mazarin, seraient exécutés ; que la requête présentée à la Cour par Messieurs du parlement de Rennes serait entérinée et enregistrée ; [80] que M. le maréchal de La Meilleraye [81] ne pourrait jamais être reçu duc et pair, que premièrement, il n’eût satisfait au parlement de Rennes (contre lequel il a grosse querelle) ; [31] que l’on ne recevra plus dorénavant ni duc et pair, ni maréchal de France, que le Mazarin ne soit hors du royaume ; que l’on fera de nouvelles remontrances au roi, mais par écrit, contre le Mazarin, et qu’elles seront envoyées à tous les parlements du royaume avec prière de se joindre au Parlement de Paris contre le Mazarin, etc. [32] Le comte de Fiesque [82] est ici arrivé de la part du prince de Condé, qui a apporté un accord signé dudit prince, de son frère le prince de Conti [83] et de leur sœur Mme de Longueville. [33][84] Le duc et la duchesse d’Orléans [85] l’ont signé, M. de Nemours [86] et M. de Beaufort. [87] Le coadjuteur [88] ne l’a point signé, le prince de Condé l’ayant ainsi requis pour être son ennemi. [34] Pour M. de Longueville, [89] il ne l’a point encore signé et ne sait-on ce qu’il fera. Il marchande d’avoir Le Havre-de-Grâce. [35][90] Si la reine < le > lui accordait, ou quelque chose de pareil, il pourrait être du côté du Mazarin. Néanmoins, il est fort son ennemi en particulier ; aussi est-il fort mal avec sa femme qui est à Bordeaux avec les deux princes ses frères ; si bien que nondum liquet, et amplius deliberandum censet[36][91] On dit aussi que le duc de Lorraine, [92] frère de Mme la duchesse d’Orléans, sera de la partie et qu’il enverra 6 000 hommes (ou amènera), dont il y a 3 000 chevaux qui sont les meilleures troupes de l’Europe ; et que pour le faire entrer dans ce parti, on lui baille, pour assurance (que la paix ne se fera point sans lui faire rendre son pays de Lorraine), [93] Clermont [94] et Stenay. [95] M. Chabot, duc de Rohan, [96] gouverneur d’Angers, [37][97] est aussi de ce parti et y a fait résoudre la ville d’Angers [98] malgré le présidial, et a surpris les Ponts-de-Cé [99] où il a mis garnison par-dessus M. de Bautru [100] qui en est le gouverneur, et un des plus dangereux mazarins. [38] La nouvelle que ceux de Poitiers ont fait courir de la défaite de M. le Prince est très fausse : il n’y en a point eu, il a fait passer son armée vers la Dordogne et Bordeaux. [39] Il court ici des vers latins contre le Mazarin sous ombre de sa bibliothèque. [101] On ne les fait voir qu’en cachette, je vous en envoie une copie que l’auteur m’a donnée lui-même et qui est ici assez peu connu. Il est mon ami et je le nommerai à mon bon ami de Lyon : c’est M. François Ogier, [102] autrement dit M. Ogier le prédicateur, duquel on imprime ici un tome de sermons en français qui seront fort éloquents ; c’est lui qui fit une si belle harangue funèbre au feu roi Louis xiii[40][103] Je vous le nomme et néanmoins je vous prie de ne le nommer à personne. Si vous vous souvenez du lieu où vous vîtes l’été passé quelques exemplaires de ce livre imprimé à Avignon intitulé la Couronne royale des rois d’Arles, etc., in‑4o[41][104] faites-moi la faveur de m’en acheter deux, en blanc ou reliés, il n’importe ; j’en ai besoin, je vous rendrai l’argent.

Je reçus hier une lettre de M. Ravaud, je l’en remercierai par ci-après. En attendant cette commodité, je le prie de nous faire venir de Milan Consilia medica Septalii [105] (M. Moreau, qui vous baise les mains, en prendra autant pour lui). De plus, je le prie de retenir pour moi Rerum Germanicarum Lotichii[106] les deux volumes, Historia Mexicana[42][107] Benedicti Consilia Medica (habeo eius Epistolas), [43][108] Zacchias de morbis hypochondriorum[44][109][110] Pour Vitæ di Pittori[111] je pense que ce sont des tailles-douces et que cela est trop cher ; faites-moi la faveur de me mander de quel prix est celui-là et s’il n’est point en deux volumes in‑4o[45] Faites-moi aussi la faveur de l’assurer que je suis son très humble serviteur et que je paierai ici le prix desdits livres à qui il me l’ordonnera. Je vous baise les mains de tout mon cœur, et à mademoiselle votre femme, pour être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 30e de janvier 1652.

Monsieur,

Depuis ma grande lettre écrite, j’apprends que le roi des partisans est ici mort, qui est Montauron, [112] et qu’il a été enterré dans Saint-Gervais comme un prince. [46][113] Avoir été partisan et avoir encore tant de chandelles et tant de torches après sa mort, n’est-ce point se faire canoniser de bonne heure ? Sic itur ad astra[47][114] au dire des moines, [115] pourvu qu’on mette quelque chose en leur besace ; mais il n’importe, à cela près, en fût-il autant arrivé au roi des favoris qui s’est par quelques jours reposé à Loches [116] où il a été saigné deux fois, purgé [117] et baigné. Vous savez bien où va ce mystère, c’est pour le rafraîchir et quo sit valentior[48] et après il s’en ira gai à Poitiers où il sera reçu mystiquement. Quanti complexus, quæ gaudia, quanta futura ! [49][118] Fût-il à tous les diables, le bourreau, ou bien en paradis, si telles gens que lui y vont : sit Divus modo non vivus[50][119] On dit que l’abbé Fouquet [120] sera évêque de Poitiers, [51] il est frère de notre procureur général [121] et de l’évêque d’Agde ; [52][122][123][124] que M. l’évêque de Bayeux, [125][126] fils du premier président, [127] garde des sceaux, sera archevêque de Toulouse [128] et que son fils aîné, nommé Champlâtreux, [129] a la survivance de la charge de premier président après son père : [53] voilà la trahison récompensée, Vendidit hic auro patriam, dominumque potentem imposuit[54][130] On dit ici que l’on lève des troupes en Languedoc pour le duc d’Orléans, les régiments qu’il avait devers Montargis [131] marchent, s’en vont à Montrond en Berry [132] pour en chasser le comte de Palluau [133] qui y a mis le blocus. Trois régiments allemands de cavalerie, qui étaient vers Amiens [134] et qui ont quitté le parti du Mazarin, suivent la même route afin de chasser de là le comte de Palluau. Ils ont passé Étampes, [135] on les fait tous passer par Gien [136] afin que cette petite ville sur < la > Loire [137] se souvienne d’avoir laissé passer le Mazarin. On ne sait point encore si le duc de Lorraine se déclarera ; mais au moins, on tient qu’il donnera des troupes à son beau-frère le duc d’Orléans. On en dit autant de M. de Longueville. Le comte d’Harcourt [138] met ses troupes en garnison, comme a fait le prince de Condé, et s’en vient à la cour y voir et saluer le rappelé, fritillum fortunæ, [55] le veau d’or du malheureux siècle auquel Dieu nous a réservés. Vale amicorum mellitissime et suavissime, et me amantem ex animo redama. Tuus aere et libra,

Guido Patinus[56]

De Paris, ce mardi 30e de janvier 1652, à neuf heures du soir.

Je vous adresse un petit mot pour M. Falconet, faites-moi la faveur de lui envoyer et de lui faire part de mes nouvelles tant que vous le jugerez à propos. Je baise les mains à notre bon ami M. Gras et à M. Garnier.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 30 janvier 1652

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(Consulté le 06.12.2019)