À André Falconet, le 3 janvier 1659
Note [15]

V. note [90], lettre 166, pour François Ravaillac, assassin du roi Henri iv.

Jacques Clément (Serbonne près de Sens 1567-1589), moine dominicain (jacobin), était un homme à la fois mélancolique et sombre, exalté, fanatique, visionnaire, mystique et sensuel. Il était au couvent des jacobins de Paris lorsqu’il conçut, ou qu’on lui suggéra le dessein de tuer Henri iii qui se préparait à assiéger Paris livré aux fureurs de la Ligue. Le prieur de son couvent, Bourgoin, qui peut-être avait nourri en lui la pensée du crime, le présenta à Mayenne et aux chefs des ligueurs. Le misérable fou fut encouragé, surexcité, glorifié à l’avance, et l’on prétend même que la duchesse de Montpensier se prostitua à lui pour l’affermir dans sa résolution. Muni d’une lettre qu’on avait surprise à Achille de Harlay, il se présenta au camp de Saint-Cloud le 31 juillet 1589, et parvint à se faire introduire le lendemain matin auprès du roi qui était dans le même moment sur le siège de sa garde-robe. Il lui présenta sa lettre et pendant qu’il la lisait, tira un couteau caché dans sa manche et lui en porta un coup dans le bas-ventre. Henri arracha le couteau resté dans la plaie et en frappa l’assassin au visage en s’écriant : « Ah ! le méchant moine ! il m’a tué, qu’on le tue ! » Les gardes se précipitèrent sur Jacques Clément et le tuèrent sur la place. Son corps fut traîné sur la claie, écartelé, puis brûlé. Les ligueurs en firent un martyr, placèrent son image sur l’autel, demandèrent sa canonisation à Rome et le glorifièrent dans des libelles qui sont restés comme de curieux monuments des passions du temps. On lisait ces vers au bas de son portraits :

« Un jeune jacobin, nommé Jacques Clément,
Dans le bourg de Saint-Cloud une lettre présente
À Henri de Valois, et vertueusement,
Un couteau fort pointu dans l’estomac lui plante. »

Parmi les apologistes de Jacques Clément, il y eut le prieur des jacobins, Bourgoin, qui l’appela, dans ses sermons, enfant bienheureux et martyr, et le compara à Judith ; le jésuite Commelet qui, en 1593, le mit au nombre des anges ; le P. Guignard qui le rangea au nombre des martyrs ; et le jésuite Mariana qui consacra son fameux traité De rege et regis Institutione [Du roi et de son Institution] (1599) à justifier et à glorifier le régicide (G.D.U. xixe s.).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 3 janvier 1659. Note 15

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(Consulté le 03.12.2020)

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