De Roland Desmarets de Saint-Sorlin, Avant 1650
Note [15]

Les Milesiaka [Milésiaques] sont un recueil de contes érotiques grecs écrits par Aristide de Milet au iie s. av. J.‑C., qui ont été traduits en latin. {a} Plusieurs auteurs antiques en ont parlé, tel Plutarque, dans sa Vie de Crassus, après que les Parthes l’eurent vaincu et mis à mort : {b}

« […] Suréna {c} ayant fait assembler le Sénat de Séleucie, {d} leur produisit les livres impudiques d’Aristide qui sont intitulés les Milésiaques, qui n’était pas chose faussement supposée, car ils avaient été trouvés et pris entre le bagage d’un Romain nommé Rustius : ce qui donna grande matière à Suréna de se moquer fort outrageusement et vilainement des mœurs de Romains, qu’il disait être si désordonnées qu’en la guerre même ils ne se pouvaient pas contenir de faire et de lire telles vilenies. Si sembla adonc aux seigneurs du Sénat de Séleucie qu’Ésope avait été bien sage quand il dit que les hommes portaient chacun à leur col une besace, et que dans la poche de devant ils mettaient les fautes d’autrui et dedans celle de derrière, les leurs propres, {e} quand ils considéraient que Suréna avait mis en la poche de devant ce livre des dissolutions milésiaques et en celle de derrière, une longue queue de délices et voluptés parthiennes qu’il traînait après soi en si grande nombre de chariots pleins de concubines que son armée ressemblait, par manière de dire, aux vipères et aux musaraignes, pource que le devant, et ce que l’on y rencontrait de premier front, était furieux et épouvantable, à cause que ce n’étaient que lances, javelines, arcs et chevaux, mais tout cela se finissait puis après en une traînée de putains, d’instruments de musique, danses, chansons et banquets dissolus, avec courtisanes toute la nuit. Je ne veux pas dire que Rustius ne fût bien à reprendre ; mais je dis que les Parthes étaient eux-mêmes bien déhontés de blâmer ces livres des délices milésiennes, attendu qu’ils ont eu plusieurs rois du sang royal des Arsacides {f} nés des courtisanes ioniques et milésiennes. »


  1. Par l’historien romain Lucius Cornelius Sisenna, sous le titre de Milesiæ Fabulæ [Fables de Milet], au ier s. av. J.‑C., ouvrage perdu dont Ovide a dit (Tristes, livre ii, vers 443‑444) :

    Vertit Aristiden Sisenna, nec obfuit illi,
    historiae turpis inseruisse iocos
    .

    [Sisenna a traduit Aristide, sans être arrêté par la honte de mêler des badinages à son histoire].

  2. V. note [23] du Faux Patiniana II‑7 ; par fidélité au temps de Guy Patin, j’ai emprunté la traduction de Jacques Amyot (Paris, 1622), tome second, pages 1115‑1116.

  3. Général parthe au ier s. av. J.‑C.

  4. Séleucie du Tigre en Mésopotamie (Irak), proche de Ctésiphon et de Bagdad.

  5. Les deux besaces, fable où Ésope (v. note [6], lettre 650) dénonce les hommes qui voient les défauts d’autrui tout en ignorant les leurs propres : soit « la poutre et la paille » que le Christ a blâmées dans le sermon sur la montagne.

  6. Dynastie fondée par Arsace ier (v. notule {a}, note [43] du Faux Patiniana II‑6).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Roland Desmarets de Saint-Sorlin, Avant 1650. Note 15

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(Consulté le 05.10.2022)

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