À Charles Spon, le 16 novembre 1643
Note [16]

La Lettre de la cordonnière écrite à M. de Barradas (sans lieu ni nom, 1627, in‑4o de 29 pages) est un libelle virulent attribué (sans doute injustement) à Urbain Grandier (v. note [1], lettre 18), contre la fougue belliqueuse et le train de vie dispendieux de Louis xiii, et aussi contre la cupidité de ses officiers qui provoquaient une pression fiscale inconnue jusqu’alors. Richelieu n’est nulle part nommé dans ce pamphlet, mais sa conclusion est éloquente (pages 27‑29) :

« Sire, il {a} ne suffit pas pour répondre aux belles espérances que ce généreux commencement {b} nous a fait concevoir de Votre Majesté, pour rendre l’ouvrage parfait et mériter ce saint et auguste titre de Juste. Il faut que vous chassiez de votre État ce démon de procès et de chicanerie, ce vautour affamé qui ronge les entrailles de vos sujets. Comme nous vous devons absolument et sans condition toute sorte de fidélité et d’obéissance, vous nous devez aussi la justice. C’est une relation nécessaire que Dieu a mise entre les princes et leurs sujets, dont il s’est rendu lui-même non seulement juge et arbitre, mais aussi garant et vengeur. Ce serait tromper Votre Majesté que de lui celer que les rois sont responsables devant Dieu de ce qui s’est fait et de ce qui se fait en leur présence par leur Conseil, et en leur absence par leurs officiers. Voilà pourquoi ce roi prophète {c} demandait pardon des péchés mêmes qu’il n’avait pas commis, jugeant bien qu’il devait rendre compte de ce que ses ministres avaient forfait sous son autorité et sans son su. […] La vérité ne frappe jamais à la porte du cabinet des rois : ceux qui y font la presse n’y viennent pas pour donner de bons conseils ni de salutaires avis. Chacun entrant dans le Louvre, fait réflexion sur son intérêt, et compose ses actions et ses paroles à la complaisance et à la flatterie. […] Si donc, Sire, ce discours est plus libre que celui des courtisans ordinaires, ne condamnez pas pourtant la fidélité ou l’affection de son auteur : leur dessein n’est autre que de faire leurs affaires ; le mien de vous servir, au péril même de ruiner ma fortune. Fin ».


  1. Cela.

  2. De votre règne.

  3. David.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1643. Note 16

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(Consulté le 15.07.2020)

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