Annexe : Noël Falconet, 60 ans après
Note [16]

Le chapitre De la Bouillie (pages 90‑109) contient cet intéressant détail, à propos de la préférence marquée des médecins de la cour pour la bouillie, sur le lait maternel, pour nourrir les enfants (page 92) :

« Il y a plus de quarante-deux ans {a} que Monsieur le premier médecin {b} me fit l’honneur de me faire entrer dans l’appartement de Monseigneur le duc de Bourgogne. {c} La dispute sur l’usage de la bouillie était fort échauffée entre Monsieur Moreau, {d} les dames de la cour, et Monsieur l’accoucheur. Madame la maréchale de La Mothe, {e} toujours prévenue en ma faveur, voulut savoir ce que je pensais sur l’usage de la bouillie. Comme je vis tout le bureau dans le goût du lait et de la farine, je me retranchai sur des conditions très difficiles à trouver pour consentir à cette nourriture, dont je n’approuvais pas la manière de la faire, ordinairement pratiquée. »


  1. Soit au début des années 1680.

  2. Antoine D’Aquin.

  3. Louis de France, 1682-1712, fils aîné du Grand dauphin et père de Louis xv.

  4. Sans doute Denis Moreau (mort en 1707), premier valet de la garde-robe du roi, puis, en 1689, du duc de Bourgogne.

  5. Louise de Prie (1624-1709), épouse du maréchal Philippe de La Mothe-Houdancourt (v. note [10], lettre 115).

Plus loin, ce passage (pages 94‑97) que n’aurait sûrement pas renié Guy Patin :

« Il est temps de faire connaître que presque toutes les maladies, indépendantes des héréditaires, qui arrivent aux enfants nés de parents sains et qui ont une bonne nourrice, peuvent être sûrement attribuées au mélange de la bouillie avec le lait de la nourrice. La bouillie ne fait pas seulement du mal, mais elle empêche que le lait ne fasse du bien : elle est un obstacle continuel à la distribution du lait, la vraie nourriture de l’enfant, dont les vaisseaux de la nourriture sont tôt ou tard embarrassés par le gluant de la bouillie ; ses parties les plus déliées, qui sont portées au plus loin, s’engagent dans les articles {a} et rendent les enfants noués ; accident qui dépend de l’engorgement des épiphyses des os par un suc glaireux qui soustrait la nourriture des os, et empâte celui qui est dans les articles. {b} […]

La fièvre, le vomissement, la colique, le dévoiement, les convulsions, les petites véroles précoces ne reconnaissent pas de plus puissantes causes. […]

On met ordinairement une trop grande quantité de farine, quelquefois éventée, qui s’aigrit facilement et aigrit le lait. De plus, la bouillie n’est presque jamais assez cuite ni assez délayée. J’ai toujours observé que les gardes et les nourrices ne gardent aucune mesure de ce mélange. Ainsi, par la forme et par le fond, la bouillie est une occasion continuelle de toutes les maladies des enfants. Mais tels et tels en ont usé sans incommodité ; vous-même, me dira-t-on, en avez usé. Je dirai qu’on aurait mieux fait de ne m’en pas donner, ayant eu dans ma jeunesse de très grandes maladies, et singulièrement une jaunisse qui fut fort opiniâtre. »


  1. Articulations.

  2. Description évoquant le rachitisme (v. note [6], lettre 463) : carence en vitamine D, dont la source alimentaire chez l’enfant est principalement lactée.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Noël Falconet, 60 ans après. Note 16

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8014&cln=16

(Consulté le 25.11.2020)

Licence Creative Commons