À Charles Spon, le 2 avril 1649, note 2.
Note [2]

La paix avait été vérifiée par le Parlement le 1er avril (v. note [1], lettre 170).

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 733‑734) :

« Ainsi finit cette guerre, après avoir duré douze semaines contre la pensée de la cour, qui ne l’avait entreprise que dans la pensée qu’elle ne durerait que huitaine. La cour l’avait entreprise pour perdre le Parlement, croyant que le peuple, après trois jours de marché sans pain de Gonesse, {a} se jetterait sur le Parlement, et ainsi, qu’en trois semaines le roi reviendrait à Paris après avoir détruit le Parlement qui empêchait la continuation des prêts et des taxes sur le peuple. Le Parlement avait pris les armes pour sa conservation, et quelques particuliers de la Compagnie pour ne pas tomber dans la puissance de leur ennemi, et la ville de Paris pour avoir du pain et conserver sa liberté. Les généraux, sous prétexte du bien public, s’y sont joints, mais en effet pour venger leurs haines particulières contre le cardinal et le chasser ; et de fait, pas un ne se voulut déclarer qu’après l’arrêt donné contre le Mazarin. La cour, voyant les révoltes de toutes les provinces et l’approche de l’archiduc, résolut l’accommodement, mais croyant séparer les généraux du Parlement et du peuple, elle fit l’accord avec le Parlement et ne parla des généraux qu’en général, et donna, pour gagner le peuple, l’abondance des vivres. Ce qui ayant fait cesser la crainte de la famine, l’on ne voulut pas accepter la paix pour le Parlement sans celle des généraux ; de sorte que la cour ayant été trompée et perdant espérance de forcer Paris, a été obligée de contenter les généraux ; encore avait-elle peur qu’ils ne se voulussent pas contenter, et il lui fallut jouer d’adresse et d’intelligence avec le Parlement, qu’elle avait voulu opprimer, pour réduire les généraux à vouloir l’accommodement ; ainsi, elle s’est mécomptée en tous ses desseins.

La plupart des membres du Parlement, qui avaient cru qu’après l’arrêt le cardinal s’enfuirait, voyant tout au contraire que leur résistance le rendait plus fort et ne produisait qu’une guerre civile et leur ruine tout entière, voulaient la paix ; mais ils étaient traversés par les inventions continuelles des généraux et par leurs brigues, qui tâchaient à continuer la guerre et à éloigner tous les accommodements. Les généraux, qui n’ont considéré que leurs intérêts, n’ont point pensé à finir la guerre, mais à se rendre les maîtres pour donner la loi partout. […] Ainsi l’on peut conclure que Dieu seul n’a point été trompé dans cette guerre, lui qui a voulu affliger Paris et en diminuer le luxe et l’abondance, et non pas le perdre ; ce qui fût arrivé si ou la cour, ou les généraux fussent venus à bout de leurs mauvais desseins. »


  1. V. note [27], lettre 166.

Le décor était bien planté pour une seconde Fronde : celle des princes, après celle du Parlement.
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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 2 avril 1649, note 2.

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(Consulté le 20/04/2024)

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