À Charles Spon, le 2 mars 1655
Note [26]

Valérien de Flavigny, né à Villers-en-Frayères près de Laon, mort en 1674, entré dans les ordres, avait été reçu docteur en Sorbonne en 1628 et nommé professeur d’hébreu au Collège de France en 1638. Il était très instruit dans les langues orientales ; mais au lieu d’employer utilement ses connaissances, il passa la plus grande partie de sa vie en discussions philologiques, le plus souvent amères et passionnées, sur le texte hébreu de la Bible. Avec deux savants maronites libanais pour principaux adversaires, Abraham Echellensis (Ibrahim ibn Daud al-Haqili, mort à Rome en 1664) et Gabriel Sionite (Jibrail as-Sahyuni, mort à Paris en 1648), ces discussions, firent grand bruit à cette époque et troublèrent pour toujours la vie paisible de Flavigny.

Pour ne citer qu’un exemple de ces démêlés, parfois d’une puérilité qui touchait au grotesque, lorsqu’une grave discussion vint à s’ouvrir sur ces paroles de saint Matthieu – Quid vides festucam in oculo fratris tui et trabem in oculo tuo non vides ? [Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne vois-tu pas la poutre que tu as dans l’œil ?] – l’imprimeur de Flavigny ayant laissé par mégarde tomber le premier o d’oculo, Echellensis s’empressa de crier au scandale et au blasphème. Flavigny en fut réduit, non seulement à démontrer qu’il était étranger à la disparition de cet o, mais encore à le jurer sur les livres saints en présence de ses confrères de la Sorbonne (G.D.U. xixe s.).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 2 mars 1655. Note 26

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(Consulté le 30.11.2020)

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