À Charles Spon, le 8 janvier 1649
Note [28]

Fort ébranlée par les événements qui inauguraient le siège de Paris par les troupes royales, Mme de Motteville (Mémoires, pages 230‑234) a donné son récit, vu de la cour, de ce qui s’est passé à partir du « 5 janvier 1649, la veille des Rois, ce jour si célèbre et dont on parlera sans doute dans les siècles à venir », concluant par cette invective :

« Les principaux esprits du Parlement étaient touchés de l’esprit de rébellion. Les coupables haïssaient la puissance royale. Ils avaient été si loin dans leurs fautes qu’ils avaient montré d’estimer davantage le gouvernement des républiques que des monarchies ; et peut-être il y en eut dans la Compagnie qui ne furent pas fâchés que la nécessité de se défendre les obligeât à suivre les mauvaises voies parce qu’ils espéraient de cette extrémité quelque changement dans l’État qui aurait élevé leur puissance et diminué celle de nos rois. Ils mirent donc le fondement de leur espérance sur la haine que le peuple et les grands du royaume avaient contre le ministre ; et ne voyant du bien pour eux qu’en lui faisant du mal, ils résolurent de suivre les maximes de Machiavel, qui dit, à ce que j’ai ouï dire à ceux qui l’ont lu, qu’il ne faut point faire une méchanceté à demi. Sur ce fondement, ils donnèrent un arrêt contre le cardinal Mazarin où ils le condamnaient comme perturbateur du repos public, ennemi du roi et de son État, et enjoignirent à tous ses sujets de lui courre sus sans pourtant lui avoir fait son procès, sans l’entendre en ses justifications et sans droit aucun de le pouvoir juger. Cette procédure fut la plus injuste et la plus violente qui ait jamais été pratiquée par des hommes faisant profession de quelque vertu. Ils condamnaient un cardinal dont ils ne pouvaient être les juges, sa qualité de prince de l’Église le réservant au jugement du pape et de l’Église ; et quand même il aurait été le plus criminel de tous les hommes et qu’ils eussent eu le droit de le juger, ils ne l’auraient pas pu faire sans l’entendre en ses défenses. Enfin, cette illustre Compagnie de sénateurs doit être à jamais blâmée de cette action que la nécessité où ils étaient n’excuse point ; car selon la loi de Dieu, il n’est jamais permis de mal faire. Elle fait voir que la passion et l’intérêt étouffent presque toujours la raison, et que ceux qui font les lois et qui en paraissent les protecteurs sont souvent eux-mêmes dans l’aveuglement et l’erreur, quand Dieu, le seul juste juge, les abandonne à leur propre sens, et les humilie par leur propre iniquité. C’est à eux à qui il parle quand il dit “ J’ai vu sous le soleil méchanceté au lieu de justice et iniquité au lieu de jugement ”. » {a}


  1. L’Ecclésiaste 3:16.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 janvier 1649. Note 28

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(Consulté le 22.09.2019)

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