À Charles Spon, le 10 avril 1654
Note [28]

Fils de Jean-Casimir, prince palatin de Deux-Ponts, et de Catherine Vasa, fille de Charles ix, le prince Charles-Gustave (Nyköping 1622-Göteborg 13 février 1660) était cousin germain de la reine Christine. Il avait étudié à l’Université d’Uppsala, voyagé en diverses contrées de l’Europe et fait ses premières armes en Allemagne dans l’armée du général suédois Lennart Torstenson. Sur l’invitation de Christine, qui savait ne pas pouvoir avoir d’enfants, il avait été déclaré héritier de la couronne par les États de 1649 et monta sur le trône après l’abdication de la reine, le 16 juin 1654, sous le nom de Charles x Gustave (Karl x Gustav). Pour repousser les prétentions de Jean ii Casimir à la Couronne de Suède, il envahit la Pologne en 1655 et la conquit en trois mois, après une série de brillantes victoires. Il contraignit ensuite Frédéric Guillaume, duc de Prusse et électeur de Brandebourg, à se reconnaître comme vassal de la Suède et plus tard, érigea son duché en royaume indépendant, en récompense des services qu’il lui avait rendus dans ses guerres. Charles Gustave eut encore à réprimer plusieurs révoltes des Polonais, à combattre les Russes en Livonie et surtout, à lutter contre les entreprises du Danemark qu’il essaya de conquérir. Il reprit sur les Danois le Jutland, la Fionie, pénétra jusqu’au cœur du Danemark en passant audacieusement d’île en île sur une mer glacée, et imposa la paix de Roskilde (1658) qui lui assurait la possession de la Scanie, du Halland et d’autres provinces. Il reprit bientôt l’offensive, malgré les représentations des autres puissances, et ses troupes assiégeaient Copenhague lorsqu’il mourut subitement d’une fièvre chaude (G.D.U. xixe s.).

En compensation de son abdication, Christine obtint moins qu’elle demandait, mais n’eut tout de même pas à se plaindre : renonçant définitivement et sans aucun recours à la couronne en faveur de son cousin, elle se voyait personnellement déchargée des énormes dettes contractées tant qu’elle avait régné (1632-1654) et recevait en apanage les revenus des îles de Gotland, d’Öland et d’Ösel, les villes, châteaux et plats pays de Nyköping et de Wolgast en Suède, les bailliages de Pöhl et de Neukloster en Mecklembourg, ainsi que quelques domaines épars en Poméranie ; il était prévu que ses revenus annuels s’élèveraient à 250 000 thalers (trois fois autant de livres tournois), ce qui lui aurait permis de vivre largement si elle les avait régulièrement touchés et avait été moins prodigue qu’elle ne continua de l’être après son abdication (B. Quilliet). Comme les gens de son temps, Guy Patin a conservé à Christine, dans la suite de ses lettres, les titres de reine de Suède ou de reine Christine.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 10 avril 1654. Note 28

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(Consulté le 27.11.2020)

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