À Charles Spon, le 23 mars 1649
Note [3]

César de Choiseul, comte puis duc (1663) et maréchal (1645) Du Plessis-Praslin (1598-1675), enfant d’honneur du dauphin, futur Louis xiii, avait obtenu son premier régiment à l’âge de 14 ans pour entamer une brillante carrière militaire au service du roi. Le maréchal avait harcelé Paris pendant toute la durée du siège de 1649, et resta fidèle à la Couronne et au cardinal pendant toute la Fronde. Il attacha ensuite sa personne à la Maison de Philippe d’Anjou, dont Anne d’Autriche, sa mère, et Monsieur Gaston, son oncle, l’avaient nommé gouverneur en ce même mois de mars.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 740) :

« Dès le 6 mai, le maréchal Du Plessis-Praslin avait été mis en possession de la charge de gouverneur de M. le duc d’Anjou, frère unique du roi, et en avait prêté le serment entre les mains de la reine, étant pour lors à Compiègne. »

Mémoires du maréchal Du Plessis (pages 296‑299, année 1649) :

« Le blocus de Paris continua jusqu’à la fin de l’hiver ; alors on proposa quelque accommodement : il fut traité et conclu à Rueil. L’approche de l’archiduc Léopold avec l’armée de Flandre rendit cette conclusion assez inutile. On continua toutefois de traiter, mais pour avoir bon succès il fallait autre chose que des paroles. Le maréchal du Plessis fut choisi pour les effets ; on l’envoya avec un petit corps de troupes pour s’opposer à toute la puissance de l’archiduc. Il représenta le peu de moyens qu’il en aurait ; que l’emploi qu’on lui donnait n’était pas seulement proportionné à {a} ce que devait prétendre un maréchal de camp ; que cette considération ne lui aurait pourtant pas fait refuser ce commandement s’il avait cru y servir utilement. Il disputa fortement dans le Conseil et cela lui fit augmenter ce petit corps de quelques troupes qui, toutes ensemble, étaient bien peu considérables à l’égard de ce qu’il en avait besoin pour une chose de si grande conséquence.
Il part à l’heure même, et marchant jour et nuit, il arrive à Brenne où il reçoit nouvelles qu’un grand parti de l’armée espagnole, composé de cavalerie et d’infanterie, s’était rendu maître du Pont-à-Verd où, s’étant retranchés, ils y attendaient l’archiduc qui marchait pour les joindre, et là passer la rivière d’Aisne, ayant déjà donné ordre qu’on fît du pain de munition à Fismes. {b} Le maréchal du Plessis eût bien voulu dès ce soir-là avoir son infanterie, qui était demi-journée derrière lui, pour attaquer ces gens fortifiés au pont avant que leur armée fût à eux. Il s’avance avec ce qu’il avait de cavalerie jusqu’à Longueval où, ayant demeuré quelques heures à repaître, il marche toute la nuit au Pont-à-Verd pour reconnaître, autant qu’il le pouvait, les ennemis et voir si, en faisant mettre pied à terre à une partie de ses cavaliers, il ne pourrait point les surprendre et les chasser de ce poste ; mais ayant trouvé la chose impossible sans infanterie, et même bien difficile quand il aurait toute la sienne, il se résolut d’attendre au lendemain qu’elle devait arriver.
Il se porta donc, aussitôt qu’elle eût reposé quelques heures, sur le bord de la rivière où, ayant donné ses ordres, il commença l’attaque du pont. Il est vrai que les ennemis lui firent grâce : ils abandonnèrent les premières traverses de notre côté, ils se retirèrent de l’autre part ; et tirant les planches qu’ils avaient mises sur une grande arche au lieu de la voûte qui était rompue, ils laissèrent cette séparation entre eux et nous, assez considérable pour nous empêcher de les suivre. Ce n’était pas la seule opposition qui s’y rencontrait car le peu de forces qu’avait le maréchal en était une bien grande.
Cette retraite des ennemis, si inespérée, ayant été écrite à Leurs Majestés, leur donna autant de satisfaction que de douleur à ceux de Paris. On sut bon gré au maréchal du Plessis d’avoir témoigné assez de résolution pour étonner {c} les Espagnols ; et à dire le vrai, s’il n’en eût usé de cette manière, il aurait eu bientôt toute l’armée ennemie sur les bras, au lieu qu’il n’en avait qu’une partie ; l’archiduc aurait passé la rivière d’Aisne et l’on peut juger combien ce passage aurait été désavantageux aux affaires du roi, et combien ceux de Paris en auraient tiré de profit.
Les ennemis demeurèrent sur notre frontière encore quelques jours ; mais voyant que les obstacles pour leur entrée en France augmentaient tous les jours et que les troupes d’Allemagne avaient joint le maréchal du Plessis, ils se retirèrent pour se mettre en état de mieux agir la campagne suivante. Nous fîmes la même chose et le maréchal eut permission de retourner à la cour, bien qu’il parût assez que le cardinal se faisait violence en le tirant de la tête des armées, où il eût bien voulu le perpétuer s’il eût eu moyen de lui donner quelque autre récompense solide que le gouvernement de Monsieur. En même temps qu’on lui donnait permission de quitter l’armée, on lui envoyait un courrier pour l’y faire demeurer ; mais ne l’ayant pas rencontré, cette dépêche ne l’arrêta pas et il vint à Saint-Germain où on l’assura de nouveau qu’il serait gouverneur de Monsieur ; et il entra en exercice le 6 mai, lorsque Leurs Majestés arrivèrent à Compiègne. »


  1. Était à peine digne de.

  2. V. note [14], lettre 539.

  3. Surprendre.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 23 mars 1649. Note 3

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(Consulté le 06.06.2020)

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