À Charles Spon, le 1er janvier 1665, note 3.
Note [3]

Le remarquable exposé, intitulé Deux médecins lorrains au chevet d’Anne d’Autriche, que le Pr Jean-Marie Gilgenkrantz de Nancy (non sans une discrète touche de chauvinisme, en tenant Gendron pour un de ses compatriotes) a présenté à la Société française d’histoire de la médecine le 26 mai 2018 (publié dans le journal Histoire des sciences médicale, tome lii, no 2, 2018, pages 209‑215), m’a permis de découvrir avec grande surprise François Gendron (Voves [v. note [2], lettre 814] 1618-Orléans 1688), auquel le Dictionnaire biographique du Canada a consacré une notice détaillée :

« Après avoir étudié la chirurgie à Orléans durant au moins cinq ans, François Gendron passa en Nouvelle-France en 1643. Il fut le premier médecin connu à vivre en Ontario et chez les Amérindiens. C’est en 1644–1645, de Sainte-Marie-des-Hurons, qu’il écrivit ses lettres, publiées en 1660 par Jean-Baptiste de Rocoles. {a} En Huronie, au témoignage du père Ragueneau, Gendron « a assisté les français et les sauvages avec beaucoup de charité (…) a toujours vécu avec beaucoup d’édification (…) sans gages, sans aucun gain (…) pour l’amour de Dieu ». Il passa sept ans au pays des Hurons, comme donné des Jésuites, et repartit pour la France le 23 août 1650, après la ruine de la Huronie. Il […] emportait un onguent pour fistules, ulcères rebelles et cancers. La base en était une poudre provenant de pierres découvertes sur les bords du lac Érié et qu’il appelait “ pierres ériennes ”. Cet onguent allait faire sa fortune en France et, en 1664, lui vaudrait l’honneur de soigner la reine mère Anne d’Autriche, qui souffrait d’un cancer du sein. […]

Gendron fut ordonné le 25 mai 1652, devint vicaire de sa paroisse natale et se fit médecin des pauvres. Sa popularité grandit tant et si bien qu’il dut bientôt se consacrer exclusivement au soin des malades, parmi lesquels se trouvaient des personnages de marque. Ses soins à la reine mère firent des jaloux dans la profession, où on l’a beaucoup décrié. Sa soutane, surtout, le rendait suspect de charlatanisme aux yeux des envieux. Malgré tout, en dépit de sa grande humilité et de sa timidité, il devint célèbre à la cour et dans tout le pays, où il avait voyagé beaucoup pour poursuivre ses études et ses expériences sur le traitement du cancer.

En quittant la cour, il retourna à Voves, nanti de témoignages tangibles de la reconnaissance de la famille royale, même s’il n’avait pu que soulager le mal de la reine mère. Ainsi, le 27 août 1665, il fut nommé par le roi abbé commendataire de Maizières, en Bourgogne. {b} C’est au profit des malades indigents qu’il utilisa les bénéfices que lui valut la faveur royale. Chaque année, il envoyait 200 livres au père Ragueneau au Canada. {c}

En 1671, il s’établit à Orléans, chez un neveu dont le fils, Claude Deshaies-Gendron, devait devenir, au xviiie s., le médecin du régent Philippe ii d’Orléans. François Gendron pratiqua jusqu’à sa mort, survenue le 2 avril 1688. On a conservé de lui de nombreux écrits, parmi lesquels on trouve un long “ Mémoire (…) touchant sa conduicte à l’égard du traictement du cancer de feu la Reine Mère ”. » {d}


  1. Quelques particularités du pays des Hurons en la Nouvelle-France. Remarquées par le Sieur Gendron, docteur en médecine, qui a demeuré dans ce pays-là fort longtemps. Rédigées par Hean-Baptiste de Rocoles, conseiller et aumônier du roi, et historiographe de Sa Majesté (Albany, J. Munsell, 1868, in‑4o de 26 pages, réimpression de l’édition parue à Troyes et Paris, Denys Béchet et Louis Billaine, 1660).

  2. Abbaye cistercienne située à Saint-Loup-Géanges (Saône-et-Loire), dans le diocèse de Chalon-sur-Saône.

  3. Paul Ragueneau (Paris 1608-ibid. 1680) missionnaire, supérieur des jésuites du Canada jusqu’en 1662.

  4. Texte dont je n’ai pas trouvé de trace imprimée.

Mme de Motteville (Mémoires, pages 543‑544) :

« Le roi, suivant en cela la première inclination de la reine, sa mère, fit arrêter qu’elle se servirait de Vallot, son premier médecin. Elle le trouva bon, quoique ce qui paraissait avoir si fort empiré son mal vînt de ce qu’il y avait mis depuis quelques jours ; puis voyant que ces remèdes ne la soulageaient pas, elle se laissa aller au conseil de plusieurs personnes qui lui parlèrent d’un pauvre prêtre de village, nommé Gendron, qui pansait les pauvres et qui avait acquis de la réputation à ce charitable exercice. Elle le vit au Val-de-Grâce et Seguin, son médecin, qui voyait que Vallot jusqu’alors n’avait pas réussi à la traiter, lui conseilla de se mettre entre les mains de cet homme. La reine mère suivit son avis, même avec quelque espoir de guérison ou de longue vie, car cet homme lui promit qu’il endurcirait son sein comme une pierre et qu’ensuite, elle vivrait aussi longtemps que si elle n’avait point eu de cancer. Mais Gendron ne parlait pas de bonne foi car outre que son remède était nouveau et qu’il ne l’avait pas assez expérimenté pour en répondre, une demoiselle que nous connûmes bientôt après, à qui il l’avait donné, s’en trouvait fort mal et son sein s’était ouvert. Ce remède était chaud et par conséquent, il était violent. La reine mère en sentit de grandes douleurs. […]

Elle passa de cette sorte tout l’hiver, pendant lequel son mal fut fort grand. On le voyait dans ses yeux et à son visage ; mais comme il était supportable, son esprit était soulagé par les promesses de Gendron qui la flattèrent de quelque prolongation de vie. Peu à peu néanmoins son cancer empirait et commençait à s’ouvrir, ce qui donnait de grandes inquiétudes à ceux qui s’intéressaient à sa vie. »

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 1er janvier 1665, note 3.

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(Consulté le 26/04/2024)

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