L. 814.  >
À André Falconet,
le 3 mars 1665

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Monsieur, [a][1]

Ce 1ermars. Je vous écrivis hier de ce que je vous crus devoir écrire. Le bonhomme M. d’Ormesson, [2] doyen du Conseil, a été taillé [3] et est fort malade. Il est dans une grande vieillesse, qui est une maladie incurable à cause des années passées ; [4] il a 89 ans et je tremble pour lui car c’est un homme qui mérite de vivre. [1] On n’est point content à la cour du curé de Voves (à quatre lieues de Chartres), [5] nommé Gendron, [2][6] qui ne soulage point la reine mère [7] comme il avait promis. Les douleurs sont quelquefois apaisées, mais elles retournent encore plus cruelles ; si bien que les nuits lui sont fort fâcheuses et quelquefois sans dormir. Elle a eu depuis peu une faiblesse si grande que tous ceux qui la virent en cet état eurent peur ; aussi tout est suspect à cet âge, à cette maladie et à tant d’accidents. Notre Hippocrate, [8] qui était un homme incomparable, l’a dit avant moi ; et quoique je souhaite une longue vie à la reine, comme médecin, je suis persuadé qu’elle ne vivra pas longtemps.

On dit que pour miner les huguenots, [9] le roi [10] veut supprimer toutes les chambres de l’édit [11] et abolir l’édit de Nantes. [3][12] Ils ne sont plus en état de se défendre comme jadis, ils n’ont plus de prince du sang de leur parti, ni de ville d’otage, [4] ni de Rochelle, [13] ni de secours d’Espagne ni d’Angleterre. On dit ici que le gazetier de Venise, [14] en marquant la mort de l’abbé de Richelieu, [15] avait dit qu’il était fils de Mme d’Aiguillon, [16] quelle impudence ! [5] Vous trouverez ici quatre feuilles en faveur de mon fils Charles, [17] dont la première sera, s’il vous plaît, pour vous, et les trois autres pour le P. Compain, [18] M. Spon et M. Huguetan l’avocat, son ami. S’il est besoin d’une autre réponse ci-après, au lieu d’huile, on y mettra du sel et du vinaigre. Ces Messieurs les auteurs du Journal des Sçavans sibi arrogant magnum ius censuræ sine suffragio Quiritum[6][19][20] On dit que le M. le cardinal de Retz [21] viendra ici bientôt y voir le roi, d’où, après avoir réglé quelques affaires pour ses appointements, il partira pour Rome où il va être notre ambassadeur extraordinaire. Il vient d’arriver, il est logé aux Jacobins réformés. [7][22][23] On vient de pendre en la rue Saint-Denis, [24] près des Innocents, [25] une malheureuse femme nommée la Valentin, [26] célèbre receleuse et larronnesse ; jamais je ne vis tant de monde. Je vous baise très humblement les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, le 3e de mars 1665.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 3 mars 1665

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(Consulté le 18.09.2019)