À Charles Spon, le 28 mars 1643
Note [31]

L’embellie ne dura guère (Olivier Le Fèvre d’Ormesson, Journal, tome i, pages 22‑23). :

« Le lundi 6 avril, je vis M. Pichotel qui me dit que la fièvre avait repris le roi le jeudi et ne l’avait point encore quitté ; ce qui mettait toute la cour en peine. […] Le roi était dans un tel chagrin que samedi, voyant les médecins, il leur avait dit que, s’il ne craignait Dieu, il les ferait tous étrangler devant lui ; qu’ils étaient des bourreaux qui l’avaient réduit en cet état. Le jeudi saint, {a} ne pouvant faire la cérémonie, {b} il la fit faire par M. le Dauphin qui ouvrit le sermon avec la reine, à l’issue duquel la reine s’étant retirée, il était demeuré sans aucun étonnement au milieu de toute la cour et des gardes, et avait fait la cérémonie aussi bien comme on le pouvait souhaiter.
La maladie du roi divisait toute la cour : la reine avait pour elle la noblesse, MM. de Vendôme et Beaufort, {c} de Longueville, d’Harcourt, les maréchaux de La Force, de Châtillon, etc. ; Monsieur, frère du roi, avait de sa part quelques personnes qui s’étaient déclarées pour lui contre la reine, savoir le premier président, les présidents de Maisons et de Nesmond, et le procureur général. M. le Prince, de son côté, faisait sa brigue. {d} Il {e} me dit encore que le jour du vendredi saint, {f} le cardinal Mazarin s’étant levé pour aller à l’adoration de la Croix après la reine, le duc de Beaufort se leva aussi ; mais il fut arrêté par la reine, qui le retint et fit que le Mazarin y allât, et M. de Beaufort n’y fut point.
La maladie du roi arrêtait toutes choses en ce que les ministres ne voulaient rien résoudre sans lui, et ainsi l’on ne pouvait donner tous les ordres nécessaires pour faire avancer les troupes ; les ennemis faisaient leurs assemblées au Quesnoy.
Le roi est réduit au lait de vache, qu’il a bien digéré pour la première fois ; il a un flux hépatique et par l’avis de M. Juif qui assista hier à une grande consultation, il est malaisé qu’il en réchappe. »


  1. 2 avril 1643.

  2. Laver les pieds des pauvres.

  3. Son fils.

  4. Menait sa cabale.

  5. Pichotel.

  6. 3 avril.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 28 mars 1643. Note 31

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(Consulté le 14.10.2019)

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