À Charles Spon, le 1er novembre 1652, note 32.
Note [32]

Saint-Fargeau (Yonne), est une trentaine de kilomètres à l’est de Briare, d’où, en passant par Gien, on se rend à Orléans en longeant la Loire. La petite ville demeure célèbre pour son splendide château qui était alors une propriété de la Grande Mademoiselle qui la trouvait bien située mais fort misérable (Mlle de Montpensier, Mémoires, première partie, volume 2, chapitre xvi, pages 223‑228) :

« Après avoir furieusement raisonné avec Saint-Mars, la conclusion fut que par nulle raison je ne devais m’embarquer à faire aucun acte d’hostilité contre la cour, à moins qu’elle me poussât au dernier point ; que Son Altesse Royale m’avait ordonné de m’en aller en une de mes maisons ; que je m’en irais à Saint-Fargeau ; que j’avais regardé avec soin sa situation ; que j’avais reconnu qu’elle était proche de toutes choses ; qu’elle n’était qu’à trois journées de Paris pour en avoir des nouvelles, et à pareille distance de Blois, pour sauver les apparences de ce côté-là, car je savais assez dès ce temps-là à quoi m’en tenir ; et qu’en quatre jours tout au plus l’on allait et venait de Saint-Fargeau à Stenay qui était un lieu où apparemment M. le Prince passerait les hivers ; ainsi, que j’étais proche du monde, de mes amis et de ceux qui devaient l’être, et pourtant dans le plus grand désert du monde parce que Saint-Fargeau étant un lieu peu connu, l’on croirait que j’étais dans un autre monde.

[…] Nous arrivâmes à Saint-Fargeau à deux heures de nuit, il fallut mettre pied à terre, le pont étant rompu. J’entrai dans une vieille maison où il n’y avait ni porte, ni fenêtres, et de l’herbe jusqu’aux genoux dans la cour. J’en eus une grande horreur. L’on me mena dans une vilaine chambre où il y avait un poteau au milieu. La peur, l’horreur et le chagrin me saisirent à tel point que je mis à pleurer : je me trouvais bien malheureuse, étant hors de la cour, de n’avoir pas une plus belle demeure que celle-là et de songer que c’était le plus beau de tous mes châteaux, n’ayant pas de maison bâtie. »

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 1er novembre 1652, note 32.

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(Consulté le 02/03/2024)

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