À Charles Spon, le 11 mai 1655
Note [36]

L’école publique est à comprendre comme l’enseignement collectif, opposé au particulier. Tout en convenant de certaines de ses imperfections, Guy Patin a mainte fois montré son attachement à l’école publique (Faculté de médecine, Collège de France), mais Van Helmont était un savant solitaire qui préféra l’écriture aux chaires d’enseignement. On peut difficilement l’accuser d’avoir eu entièrement tort quand on lit le premier chapitre (La Médecine censurée) de ses Principes de physique [Ortus medicinæ] (Les Œuvres de Jean-Baptiste Van Helmont, traitant des principes de médecine et physique pour la guérison assurée des maladies : de la traduction de M. Jean Le Conte, docteur médecin, Lyon, Jean-Antoine Huguetan et Guillaume Barbier, 1671, pages 39‑40) :

« La médecine aux premiers siècles n’avait encore que de rudes principes, mais on l’exerçait plus sincèrement et avec plus de charité qu’on n’a fait depuis que l’avidité du lucre, la vanité et le luxe ont souillé sa pureté et l’ont remplie de babil, de controverses et de conjectures, qui font aujourd’hui ses théorèmes et sa base. Hippocrate a été le premier qui a laissé ingénument par écrit à la postérité ce que son rare génie et son exacte expérience lui avaient pu suggérer et apprendre ; mais cette fidèle communication fut bientôt corrompue en beaucoup d’endroits et plusieurs commentateurs essayèrent d’expliquer ses obscurités à leur mode. Galien vint cinq cents ans après qui, ravissant la gloire des prédécesseurs dont il suivait la trace, commença d’étendre son art qui contenait encore peu de règles en beaucoup de volumes, où il exposa que tous les corps étaient composés de quatre éléments, que c’était d’eux qu’ils tenaient toute leur nature, qu’il y avait quatre qualités élémentaires qui faisaient toutes leurs complexions, […] que l’homme (pour la diversité de ses constitutions) devait produire quatre humeurs différentes qui aient de la correspondance aux quatre éléments, que la santé et les maladies provenaient tant de l’harmonie que de la discorde et du combat, tant des simples qualités élémentaires que de celles qui étaient attachées aux susdites humeurs feintes ; et pour cette raison, que les qualités des remèdes devaient être directement contraires aux maladies.
[…] Les théorèmes de Galien ne furent pas plus tôt dispersés qu’ils furent encore plus tôt augmentés par le babil des Grecs que l’École de médecine révère encore aujourd’hui superstitieusement. En après, la médecine passa en profession et fut érigée en Académie, et les Romains ne se méprisèrent point de suivre Galien et de se le proposer pour Auteur. Les Mores {a} vinrent après et crurent par leurs augmentations d’emporter la gloire par-dessus les autres ; mais les médecins de l’Europe, se défiant de leur propre savoir (et comme défaillants en productions d’esprit), se sont tenus aux inventions des Barbares, et les ont tellement révérées qu’ils ont cru s’acquérir assez d’honneur et de gloire de réduire ces anciens commentaires en de nouvelles centuries, annotations et répétitions circulaires. Voilà comme les Écoles ont été éblouies et ont mieux aimé suivre négligemment l’opinion des païens {b} que de rechercher avec soin la véritable médecine ; car depuis Hippocrate et Galien, la médecine n’a point fait de progrès et on n’a su faire autre chose que la ballotter et bouleverser sous les premiers préceptes que Galien avait établis. »


  1. Arabes.

  2. Idolâtres.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 11 mai 1655. Note 36

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(Consulté le 25.09.2020)

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