À Charles Spon, le 16 février 1645, note 4.
Note [4]

Dionysii Petavii Aurelianensis e Societate Iesu, Opus de doctrina temporum : divisum in partes duas : Quarum Prior τα τεχνικα Temporum, Posterior τα ιστορουμενα complectitur.

[Ouvrage de Denis Petau, de la Compagnie de Jésus, natif d’Orléans, sur la science des temps, divisé en deux parties : la première contient les techniques, et la seconde, les chroniques]. {a}

Ce livre fort savant critique avec extrême virulence les travaux chronologiques de Joseph Scaliger (mort en 1609), et tout particulièrement son Opus novum de Emendatione temporum [Ouvrage nouveau sur la Correction des temps] {b} qui avait établi la méthode novatrice dont il s’est servi pour la suite de ses recherches sur l’histoire antique de l’Europe et du Proche-Orient, longtemps avant l’établissement de la science archéologique (à la fin du xixe s.).

Parmi quantité d’autres attaques, le Libri Tertii de Doctrina Temporum [Épilogue du troisième livre de la Science des temps] illustre l’intransigeance de Petau à l’égard de Scaliger (tome premier, page 308) :

Hucusque ergo planum erudito Lectori fecimus commentitia esse quæ de anno Ægyptiaco ad communem, et ab authoribus testatam doctrinam adtexta sunt in hoc libro. Tum Chaldaicum annum veterem, Persicum, et Armenium ; item quæ de anno Iezdegirdis nova reperit Scaliger, necnon de prisco Hebræorum anno docuit, ea falsa, ridicula, ac pugnantia secum esse ; quæ sunt libri de Emendatione Temporum tertii capita.

Quidquid igitur in libro tertio de Emendatione Temporum sua ex industria depromptum, ac novum edidit Scaliger, id omne fictum commentitium, et absurdum est. Quod erat demonstrandum.

[En somme, notre livre a donc clairement montré au docte lecteur que, sur l’année égyptienne, seules des fictions ont été ajoutées au savoir commun et attesté par de savants auteurs ; il en va de même pour la chronologie des anciens Chaldéens, Perses et Arméniens. Les nouveautés que Scaliger a découvertes sur l’anné de Yezdegerd, {c} tout comme ce qu’il a enseigné sur l’antique année des Hébreux, sont à tenir pour des notions fausses, ridicules et se contredisant les unes les autres : tout cela se trouve dans les chapitres de son troisième livre sur la Correction des temps. {d}

Par conséquent, absolument tout ce que Scaliger a tiré de ses recherches et publié comme nouveau dans le troisième livre de sa Correction des temps est à tenir pour fiction mensongère et absurde. C’est ce qu’il convenait de démontrer].


  1. Paris, Sébastien Cramoisy, 1627, in‑fo : volume 1 (886 pages), volume 2 (896 pages).

  2. Paris, 1583, v. note [53] du Borboniana 3 manuscrit.

  3. Autre nom de Yazdgard iii, empereur persan sassanide dont le premier jour du règne, en l’an 632 de notre ère, a marqué le début du calendrier des Parsis (adeptes d’une religion dérivée du zoroastrisme, v. notule {b}, note [49] du Borboniana 1 manuscrit).

  4. Ce troisième livre, de Anno æquabili maiore [sur l’Année majeure de référence], de l’ouvrage de Scaliger (pages 127‑154) est composé de sept chapitres portant sur les sujets mentionnés par Petau.

Michaud sur l’assiduité et le caractère du P. Petau :

« La collation des anciens manuscrits, l’histoire et la chronologie partageaient tous ses instants ; et quoiqu’il publiât presque chaque année de nouveaux ouvrages, il trouvait encore le loisir d’entretenir une correspondance très étendue et de répondre à ses adversaires, dont le nombre croissait avec sa réputation. La critique littéraire avait alors le ton et l’emportement d’une dispute particulière, et des hommes faits pour s’estimer se prodiguaient mutuellement les injures les plus grossières quand il leur arrivait de n’être pas d’accord sur le sens d’un passage obscur ou sur la date d’un fait ignoré. Le P. Petau, quoique d’un caractère doux et modeste, prit le ton que ses adversaires employaient avec lui, et l’on est forcé de convenir qu’il égala Saumaise et Scaliger par la vivacité et la dureté de ses répliques. »

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 février 1645, note 4.

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(Consulté le 21/06/2024)

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