À Charles Spon, le 14 mai 1649
Note [44]

« Pendant ce temps le juste souffre, et nul ne mettrait de compassion à se préoccuper de lui », avec double référence biblique :

  • Isaïe (57:1), Iustus perit et nemo est qui recogitet in corde suo [Le juste périt et personne ne s’en émeut] ;
  • Jérémie (12:11), Desolata est omnis terra quia nullus est qui recogitet corde [Tout le pays est dévasté et nul ne s’en émeut].

Interea patitur justus est une expression que Guy Patin employait souvent dans ses élans de désolation fiscale ou d’indignation contre les abus du pouvoir politique.

Journal de la Fronde (volume i, fo 31 vo‑32 ro, 9 mai 1649) :

« Ledit jour furent lues dans la Tournelle du Parlement 12 lettres de quelques chanoines de Reims envoyées exprès, lesquelles contiennent quelques circonstances des cruautés horribles que les troupes d’Erlach exercent dans la Champagne […] ; dont les plaintes étant venues à la cour, la reine envoya ordre au général Erlach d’en punir exemplairement les auteurs ; à quoi celui-ci a répondu que ce ne sont pas ses troupes, mais bien des gens sans aveu qui ont suivi l’armée. Toutes les villes de Champagne ont mandé à la cour et au Parlement qu’on ne pouvait plus empêcher les communautés de s’assembler pour courre sus aux troupes, et qu’on y était bien résolu de ne donner point de quartier à aucun soldat. […]
Sur les plaintes faites au Parlement du brigandage, incendies, impiétés, sacrilèges, violements, assassinats et extorsions que commettent les gens de guerre, il y eut arrêt à la Tournelle portant injonction aux baillis, sénéchaux, prévôts des maréchaux d’informer desdits excès, et permission aux communautés de s’assembler pour courre sus aux gens de guerre. Mais la Grand’Chambre fit adoucir cet arrêt en sorte qu’on mît que c’était sur la plainte faite par le procureur général ; et au lieu qu’on avait permis aux communautés de s’assembler pour courre sus aux troupes, on mit “ pour informer desdits excès tant contre les chefs qui en seraient responsables que contre les soldats ”. Les prévôts des maréchaux et autres officiers se feraient assister de tel nombre de personnes qu’ils verraient bon être pour se saisir des coupables et leur faire leur procès. »

Ibid. (fo 34 ro et vo, 18 mai) :

« Le même jour on apprit que la ville de Troyes en Champagne ayant reçu l’arrêt du Parlement donnée le <blanc> de ce mois pour remédier aux désordres que les troupes commettent dans les provinces, la Compagnie du prévôt des maréchaux s’y était assemblée avec des habitants de la ville, lesquels étant sortis au nombre de 400, étaient allés le 14 attaquer des gens de guerre qui se disaient du régiment de Conti et d’autres corps, lesquels sans ordre avaient assiégé le château de Rosières pour y loger, dont ils en tuèrent douze ou quinze, en blessèrent sept ou huit, et chassèrent le reste après avoir fait prisonniers une vingtaine, d’entre lesquels il y a sept ou huit officiers à qui l’on fait le procès. Cette province-là a envoyé des députés à la cour pour supplier la reine d’avoir compassion d’elle et d’y vouloir rétablir la religion catholique, qui ne s’y exerce plus que dans les villes où les gens de guerre ne sont pas les maîtres. Ceux d’Erlach sont encore aux environs de Guise, diminués de plus de la moitié, y continuent leurs violences horribles, ayant écorché à moitié deux paysans tout vifs et arraché les mamelles à des femmes pour les obliger à leur bailler de l’argent ou à leur découvrir des caches. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 14 mai 1649. Note 44

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(Consulté le 08.12.2019)

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