À Charles Spon, le 17 septembre 1649
Note [45]

Journal de la Fronde (volume i, fos 105 vo et 106 ro) :

« De Bordeaux le 20 septembre. Le parlement a député M. de La Vie, avocat général, pour aller à la cour faire des remontrances au roi et à la reine sur la mauvaise conduite du duc d’Épernon, et supplier Leurs Majestés de vouloir donner un autre gouverneur à cette province. […]
Nous avons su ici que le maréchal du Plessis s’en venait nous apporter les ordres de la cour par un exempt qu’il a envoyé pour nous donner avis de sa venue ; mais cet exempt a été si mal reçu qu’il a eu bien de la peine à se sauver des mains des femmes qui le voulaient déchirer.
De Paris, le 25 dudit. Le courrier de Bordeaux qui a apporté les nouvelles ci-dessus a rencontré le maréchal du Plessis à dix lieues par-delà Poitiers en carrosse, et rapporte que M. d’Argenson s’en revient avec les joyaux et meubles précieux de M. d’Épernon, et sa vaisselle d’argent suit par charroi.
De Bordeaux le 23. On continue à battre le château Trompette, qui se défend fort bien. On fait deux mines au pied du grand bastion, lesquelles seront prêtes à jouer après-demain. En même temps, on ira à l’assaut tant par la brèche qui est déjà faite que par celles que ces deux mines feront. M. d’Épernon fait ce qu’il peut pour le secourir. […]
On a commencé à démolir ici la maison de M. de Pontac d’Anglade à cause qu’il est fort partisan de M. d’Épernon. M. de Lisle-Sourdière, lieutenant des gardes du corps du roi, arriva ici le 21 et fut fort mal reçu, ce qui a obligé le maréchal du Plessis de s’arrêter à six postes d’ici jusqu’à ce qu’il sache de quelle façon il doit être reçu en cette ville. Le parlement s’est assemblé jusqu’à trois fois pour délibérer si l’on écouterait ses propositions, mais les voix se sont trouvées toujours si partagées qu’on n’a encore pu rien résoudre.
Tout le monde dit hautement qu’on ne veut point de paix ni s’arrêter à aucun ordre de la cour jusqu’à ce que le château soit pris et rasé, et M. d’Épernon hors du gouvernement. M. de La Vie a ordre exprès de faire cette demande à la cour, fortifié par la lettre d’union du Parlement de Paris, sans l’aveu et avis duquel il n’acceptera aucune condition. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 17 septembre 1649. Note 45

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(Consulté le 18.09.2019)

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