À André Falconet, le 21 novembre 1664, note 5.
Note [5]

Marie de Maupeou (1590-1681), fille de Gilles de Maupeou d’Ableiges, contrôleur général de finances et intime collaborateur de Sully, avait épousé en 1610 François i Fouquet (mort en 1640). Douze des 15 enfants du couple atteignirent l’âge adulte : six fils, dont Nicolas, le surintendant des finances, était le deuxième ; et six filles, qui devinrent toutes religieuses. Femme d’une grande piété, particulièrement liée à la Visitation Sainte-Marie (dont le supérieur était Vincent de Paul) et aux dames de la Charité, Marie de Maupeou avait pour marotte la préparation de remèdes médicinaux. Elle en a même composé un ouvrage (que Guy Patin n’eut pas le bonheur de lire) :

Recueil de Recettes où est expliquée la manière de guérir à peu de frais toute sorte de maux, tant internes qu’externes, invétérés, et qui ont passé jusques à présent pour incurables. {a} Divisé en deux parties. Le tout a été expérimenté par les charitables soins de Madame Fouquet. {b}


  1. La Préface signée par « Delescure, docteur en médecine de l’Université de Montpellier », {i} cautionne le recueil, tout imprégné de piété catholique, et en présente les auteurs :

    « Voici un petit, à la vérité, mais un rare et riche présent livre, qu’une de splus illustres, des plus saintes et des plus charitables dames du royaume vous fait pour vaincre tous ces obstacles, d’un Recueil de Recettes choisises : de peu de coût, faciles à préparer, aisées dans leur application, et dont l’opération est très assurée. Par leur moyen et par le prudent usage qu’on en pourra faire, on se soulagera, et on se retirera des maux, surtout externes, qui font souvent croupir dans le lit les pauvres malades les < sic pour “ des ” > années entières, et quelquefois jusqu’à l’extrémité de la vie. Un présent, dis-je, qu’une sainte dame vous fait car, bien que parmi ces Recettes il y en ait quelques-unes ou des miennes, ou de celles qui m’ont été fidèlement données par des personnes intelligentes et dignes de foi, néanmoins, parce que le plus grand nombre, les meilleures et les plus considérables lui appartiennent, et que toutes viennent au jour et vous sont données par le zèle et la charité de N., très illustre prélat, parfait héritier des vertus d’une si digne mère, {ii} je dois dire que c’est elle qui vous donne entièrement ce rare présent.

    Pour moi, qui suis ennemi juré de tous ceux qui font profession de débiter des secrets et qui en cachent l’intelligence, après avoir judicieusement examiné ces Recettes, la vertu des ingrédients qui entrent en leur composition et la nature des maux qui les exigent, je me sens fortement obligé non seulement de leur donner mon approbation, mais encore d’exhorter ceux qui seront atteints de pareils maux, de s’en servir avec hardiesse et confiance. […]

    Enfin, mes chers lecteurs, je crois qu’il ne faut point d’autres motifs pour vous persuader de l’usage de ces souveraines Recettes, que ceux que je viens de vous dire, fondés sur votre propre intérêt, et qui sont les mêmes qui ont obligé un des grands prélats de l’Église {ii} de me les conisgner pour en dresser le présent recueil, et de leur donner, dans le peu de temps que j’ai eu, l’ordre que vous y verrez pour les mettre au jour. » {iii}

    1. Aucun médecin de ce nom ne figure dans la liste des docteurs de Montpellier établie par Dulieu.

    2. Louis Fouquet, évêque d’Agde de 1657 à 1702 (v. note [9], lettre 536).

    3. Quant au véritable compilateur médical du recueil, il me semble que Jean-Christian Petitfils a flairé la bonne piste (Petitfils c, page 171) :

      « Saint-Mandé possédait aussi son “ apothicairerie ”, où le médecin personnel du maître de maison, le savant Pecquet, travaillait à la confection de remèdes tirés des recettes de Mme Fouquet, à l’analyse des vertus des différentes eaux minérales et à l’étude de la circulation de la lympe qu’il avait découverte. »

      Très fidèle intime des Fouquet, Pecquet (mort en 1674) était docteur de Montpellier et aurait fort bien pu semer dans cette préface quelques indices aidant à le deviner. Rien du moins, à mes yeux, n’écarte formellement cette hypothèse.
  2. Lyon, Jean Certe, 1676, in‑12 de 342 pages, pour la première de nombreuses rééditions.

    La recette et les vertus de l’Emplâtre souverain pour les maux de Matrice et plusieurs autres figure dans la première partie (pages 28‑31).


La marquise de Sévigné (lettre à Pomponne, 20 novembre 1664, tome i, page 59) a aussi relaté la cure de la reine Marie-Thérèse :

« Mme Fouquet la mère a donné un emplâtre à la reine, qui l’a guérie de ses convulsions, qui étaient à proprement parler des vapeurs. La plupart, suivant leur désir, se vont imaginant que la reine prendra cette occasion pour demander au roi la grâce de ce pauvre prisonnier ; mais pour moi, qui entends un peu parler des tendresses de ce pays-là, je n’en crois rien du tout. Ce qui est admirable, c’est le bruit que tout le monde fait de cet emplâtre, disant que c’est une sainte que Mme Fouquet et qu’elle peut faire des miracles. »

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome ii, pages 251‑252, jeudi 20 novembre 1664) :

« J’ai su que Mmes Fouquet et Charost {a} se sont jetées au pied du roi demandant miséricorde, et que le roi a passé avec une grande fierté ; que Mme Charost fut hier porter à la reine mère un emplâtre admirable pour les femmes après leurs couches ; que la reine {b} le reçut avec joie et le porta à la reine, {c} qui dit : “ Je le veux mettre ; Mme Fouquet est une sainte ”, et qu’en effet cet emplâtre lui a fait vider deux caillots de sang, gros comme la main, et que, dans le Louvre, on dit tout haut que c’est Mme Fouquet qui a guéri la reine ; il est vrai qu’elle a eu une bonne nuit et se porte bien mieux. »


  1. Fille du premier lit de Nicolas Fouquet.

  2. Anne d’Autriche.

  3. Marie-Thérèse d’Autriche.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 21 novembre 1664, note 5.

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(Consulté le 23/02/2024)

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