À André Falconet, le 8 mars 1669, note 5.
Note [5]

La querelle entre protestants et jansénistes portait sur la réalité de la transsubstantiation : transformation authentique, c’est-à-dire non pas spirituelle mais matérielle, du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie. Son premier théoricien et promoteur fut le théologien Paschase Radbert (Soissons 790-Saint-Riquier 865), qui a depuis rencontré là-dessus de vives et durables contestations. L’Église catholique reconnut la réalité de la transsubstantiation en 1059 au synode de Latran.

Le chapitre vi de la troisième partie de la Réponse aux deux traités… que Jean Claude avait publiée en 1667 (v. note [4], lettre 947) est intitulé Examen de tout ce que l’auteur conteste touchant les progrès insensibles du changement que nous prétendons être arrivés au dixième siècle. Claude y décrit (page 583) le virage dogmatique qui se fit au xe s. :

« Je vous montre palpablement que l’état du neuvième siècle a été tout contraire à celui de l’onzième à cet égard ; car au neuvième on se souleva contre Paschase et en l’onzième on se souleva contre Bérenger. {a} Au neuvième, ceux qui écrivirent contre la présence réelle furent chéris, honorés et estimés de toute l’Église, et tenus pour saints après leur mort ; en l’onzième, ceux qui écrivirent dans le même sentiment furent condamnés et tenus pour hérétiques. Au neuvième, la conversion substantielle du pain passa pour une nouveauté, opposée à la foi des Saints Pères ; en l’onzième, elle passa pour la véritable foi de l’Église. Ne faut-il pas nécessairement établir les causes de cette différence dans le dixième, qui est entre deux, et n’est-ce pas la plus criante de toutes les injustices que de nous demander raison de ce changement : ce qui se fit dans les cinquante premières années ; et puis dans les suivantes, comment se gouvernèrent ceux qui du neuvième entrèrent dans le dixième, et ceux aussi qui du dixième passèrent dans l’onzième ? Comment agirent cent mille personnes qui, au temps de Bérenger, étaient de 50, de 60, de 70 et de 80 ans ? Sans mentir, si dans une autre occasion nous faisions de semblables enquêtes, on déclamerait contre nous comme contre les plus ridicules gens du monde. Cependant, ce sont les enthymèmes {b} de l’auteur ; {c} et parce qu’il les assaisonne de son élégance ordinaire, et que tout cela aboutit à établir la présence réelle ; c’est la plus belle chose qu’on vit jamais ; c’est le dernier effort de l’esprit humain ; c’est le triomphe de la religion romaine. »


  1. Théologien natif de Tours en 998, mort en 1088, qui niait la transsubstantiation.

  2. Arguments qui n’ont que deux propositions, l’antécédent et la conséquence.

  3. Antoine ii Arnauld.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 8 mars 1669, note 5.

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(Consulté le 01/03/2024)

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