L. 952.  >
À André Falconet,
le 8 mars 1669

Codes couleur
Citer cette lettre
Imprimer cette lettre
Imprimer cette lettre avec ses notes

 

Monsieur, [a][1]

La pauvreté et la paulette [2] font belle peur à bien du monde, et en empêchent bien de dormir à leur aise. Jamais le monde ne fut si pauvre, de mémoire d’homme ; et néanmoins, la ville est pleine de fous qui courent les rues comme des corybantes masqués et non masqués, [1] tandis que les gens de bien prient Dieu dans les églises ou sont cachés dans les maisons. [3] On se plaint ici tout haut de la misère du temps, mais il y en a bien plus qui ne savent comment s’en mettre à couvert. Pour moi, j’ai toute ma vie présenté à Dieu la requête de Salomon, [4] qu’il ne me donnât ni pauvreté, ni richesse ; [2][5] mais je tremble quand je vois tant de désordres.

Un honnête homme m’a dit aujourd’hui que M. le Dauphin [6] apprend merveilleusement bien, qu’il est fort gentil et qu’il sera quelque jour bien savant. Dieu lui fasse la grâce de passer Louis ix [7][8] en sainteté, Louis xii [9] en probité, [3] et Henri iv[10] son bisaïeul, en vaillance, en bonté et en raison ; pour ne pas dire son propre père, notre bon roi [11] Louis xiv, en tout. Les pères de la Société [12] sont ici fort humiliés, les jansénistes [13] ont remonté sur leur bête. Depuis un mois en çà, plusieurs ouvriers ont travaillé à relier le livre de M. Arnauld [14] contre M. Claude, [15] ministre de Charenton. [4][16] Il en a présenté un au roi et après, aux grands de l’État ; aujourd’hui, on en promet la vente dans peu de jours. M. Claude a promis de se rendre catholique et d’aller à la messe comme M. de Turenne, [17][18] si on peut lui répondre à deux objections qu’il a faites dans son livre ; et surtout, il prétend qu’il y ait eu changement de doctrine environ le xe s. [5][19]

Enfin, nous avons passé la fête des fous, les jours gras sont passés. [20] Le carême est venu et plût à Dieu qu’il s’en fût aussi allé ! Le bruit court déjà qu’on a tâté le pouls au ministre Claude et qu’il branle au manche. [6][21] Vous savez bien qu’il y a divers moyens desquels Dieu se sert pour attirer à soi les hommes ; la vertu des ministres n’est pas plus à l’épreuve que celle des pères de la Société qui n’en refusent que le moins qu’ils peuvent, ni les capucins non plus. [22] Le Plutus d’Aristophane est un dieu qui est aujourd’hui fort invoqué dans ce siècle. [7][23][24] Je suis, etc.

De Paris, ce 8e de mars 1669.


Écrire à l'éditeur
Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.
Une réalisation
de la BIU Santé
×
     [1] [2]   Appel de note
    [a] [b]   Sources de la lettre
    [1] [2]   Entrée d'index
    Gouverneur   Entrée de glossaire

× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 8 mars 1669

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0952

(Consulté le 14.12.2019)