À Johannes Antonides Vander Linden, le 3 janvier 1659
Note [7]

Barbarisme [barbarismus] : « faute dans le langage qui tient le milieu entre le solécisme et l’impropriété. Il se commet, quand on se sert de quelque mot, ou phrase étrangère et qui n’est pas naturelle à la langue » (Furetière). S’il est plus explicite pour nous, le sens moderne (Robert) n’a guère changé : « faute grossière de langage, particulièrement celle qui consiste à employer des mots forgés ou déformés, à se servir d’un mot dans un sens qu’il n’a pas. Solutionner (au lieu de résoudre) une question est un barbarisme. »

Dans la rude saillie de Guy Patin contre Gaspar Caldeira, j’ai respecté les consonances voulues de ce mot avec barbare [barbarus] (étranger, inculte, grossier) et barbarie [barbaries] (sauvagerie).

L’énorme quantité de transcriptions latines contenues dans mes notes, suivies de leur traduction française, m’a laborieusement initié à ce que Patin appelait la langue barbare ou africaine (v. note [5], lettre 298). Comme aujourd’hui l’anglais, le latin servait de véhicule aux échanges entre les savants de toute l’Europe, et s’en trouvait souvent profondément corrompu. Cet obstacle gêne indiscutablement le progrès des connaissances en histoire des sciences car il complique l’accès à nombre de sources antérieures au xixe s. Plus curieux du fond que de la forme et sans être un latiniste émérite, je me suis toujours acharné à trouver un sens à ce que je lisais, en signalant, quand elles dépassaient la mesure, les libertés grammaticales que j’ai été contraint de me permettre. Les Deux Vies latines de Jean Héroard, premier médecin de Louis xiii en fournissent un copieux et éloquent échantillon. Cette longue et profonde immersion m’a fait apprécier l’élégance de la plume latine de Patin, quand il la laissait courir sur le papier sans chercher à l’endimancher ; même s’il n’égalait pas les grands modèles de son temps, tels Érasme, Casaubon, Saumaise, ou Grotius, dont la belle langue m’a procuré de délicieuses oasis.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johannes Antonides Vander Linden, le 3 janvier 1659. Note 7

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1145&cln=7

(Consulté le 18.08.2022)

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