À Charles Spon, le 25 novembre 1653

Note [24]

« et c’est le meilleur de tous. »

Les pilules de Francfort n’étaient qu’une forme particulière de pilules laxatives ou purgatives (v. notule {a}, note [37], sur la triade 67 du Borboniana manuscrit, pour ce qu’on entendait alors exactement par le mot pilule). Nicolas Lemery a ainsi définies dans sa Pharmacopée universelle, contenant toutes les compositions de pharmacie… (Paris, Laurent d’Houry, 1716, in‑4o, 2e édition), dans le paragraphe intitulé Pilules propres à prendre avant le repas, autrement dites stomachiques, de Mésué (page 446), dont le principe actif principal était l’aloès (v. note [8], lettre 169) :

« Elles purgent, et ensuite elles fortifient l’estomac ; elles excitent les mois des femmes. {a} La dose en est depuis demi-scrupule jusqu’à une dragme.

Ces pilules sont appelées pilules de longue vie, {b} et par quelques-uns pilules de Francfort ; on en prend à l’entrée du repas, depuis un scrupule jusqu’à demi-dragme.

Ces pilules sont surnommées ante cibum parce qu’on les prend immédiatement avant le repas : cette circonstance est nécessaire afin que le manger émousse dans l’estomac le sel âcre de l’aloès qui picoterait trop, et qui exciterait des tranchées {c} dans les entrailles. On les nomme en français pilules gourmandes par la même raison, comme pour dire qu’il est nécessaire de les mêler avec les aliments stomachiques, {d} parce qu’elles fortifient l’estomac après l’avoir purgé. On les prend ordinairement en petite dose dans la soupe. » {e}


  1. Propriété qui faisait qualifier ces pilules d’hystériques.

  2. Appellation qui sent le charlatan, et qui explique la répulsion de Guy Patin envers ce remède.

  3. Coliques, v. note [2], lettre 347.

  4. Autrement dits stomacaux : aliments faciles à digérer et censés fortifier l’estomac.

  5. Sur cette base pharmaceutique simple, médecins et apothicaires pouvaient composer à l’envi, en ajoutant divers ingrédients : scammonée, coloquinte et autres plantes propres à lâcher le ventre, voire antimoine pour les plus hardis.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Charles Spon, le 25 novembre 1653, note 24.
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(Consulté le 29.11.2022)

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