À Johann Daniel Horst, le 20 septembre 1664

Note [2]

Sans faire référence au traité hippocratique Περι αερων, υδατων και τοπων [De l’air, des eaux et des lieux], Jacques Houllier a défini la lientérie dans le chapitre 42 (De alvi fluxionibus [Des flux de ventre]), livre i (page 192) de ses commentaires de Morbis internis [sur les Maladies internes] (Paris, 1572, v. note [10], lettre 11) :

Læenteria, Cœliaca affectio, diarrhæa, dysenteria, immoderatas alvi fluxiones significant, sed ut nominibus, ita natura et causis distinctas. λειον Græcis læve significat, seu continuum, et nulla ex parte divulsum, sed sibi undique cohærens, æquabili superficie. Unde λειεντερια, quasi λειοτης των εντερων, lævitas intestinorum. Εστι δε ταχεια διεξοδος τον προφερο μελων αιτιων αμεταβλητων εκκρρινομενων, cum cibus et potus, qualia sumpta sunt, celeriter et ante coctionem ullam, aut exiguam, elabuntur e ventriculo et intestinis. Huic igitur duo propria sunt, quibus facile discernitur ab aliis : nempe alimenta celeriter, postquam sumpta sunt, per alvum reddi, et mutationem fere ullam coctione adepta esse. Id necesse est fieri, vel ob imbecillitatem retentricis ab intemperie, vel irritationem excretricis. Intemperies sive sit in ventriculo, sive in intestinis, quæ anadωsi inserviunt, sive in utrisque, aliquando hectica est, et in habitu, quæ scilicet in ipso corporum habitu firmata est, sic ut calore suppresso coctionem prohibeat, et cibum diluat humiditate : aliquando propter acidam pituitam diutius inhærentem, vel, ut vult Oribasius, frigidam, crassam et lentam, quæ replet rugosas et sinuosas partes, unde inducta lævitate cibus effluit.

[Lientérie, maladie cœliaque, diarrhée, dysenterie sont des noms qui désignent les flux de ventre excessifs, mais ils se distinguent par leur nature et leurs causes. En grec, λειον signifie lisse ou poli et sans aucune partie saillante, mais partout de niveau égal et de surface uniforme. Il en est venu λειεντερια, pour dire λειοτης των εντερων, polissure des intestins. {a} Une fois absorbé, tout ce qu’on mange et boit s’échappe rapidement de l’estomac et des intestins, sans avoir été digéré, ou fort peu. {b} La lientérie a donc deux caractéristiques qui la distinguent aisément des autres flux : les aliments sont vite rendus par les intestins après qu’ils ont été consommés, et n’ont presque subi aucune transformation par la digestion. Cela ne peut être que le résultat d’une intempérie, soit par affaiblissement de la capacité à retenir, soit par excitation de la capacité à expulser. Que l’intempérie siège dans l’estomac ou dans les intestins, s’ils sont sujets à la soustraction, {c} ou dans les deux à la fois, elle est parfois continue, et ancrée dans la complexion, étant alors bien sûr solidement établie dans la conformation même du corps, de sorte qu’ayant supprimé la chaleur, elle empêche la digestion et détrempe les aliments du fait de l’humidité ; parfois, elle est le fait d’une pituite acide qui reste trop longtemps attachée, ou comme veut Oribase, {d} d’une pituite froide, épaisse et visqueuse qui emplit les parties rugueuses et plissées, les rendant lisses pour permettre aux aliments de glisser]. {e}


  1. Traduction de lævitas intestinorum donnée par Furetière dans son article sur la lientérie (semble-t-il directement inspiré de Jacques Houllier, mais avec, à mon avis, un contresens sur les « deux sortes » de la maladie) :

    « C’est une espèce de flux de ventre provenant d’une intempérie du ventricule [de l’estomac], et qui consiste en une trop hâtive déjection des viandes, avant qu’elles soient digérées, lorsqu’elles sortent presque de même qu’on les a prises. Ainsi, c’est une maladie de l’estomac, et non pas de l’intestin, quoique quelques-uns disent qu’il y en a de deux sortes : l’une qui procède de la débilité de la vertu rétentrice de l’estomac ; l’autre de l’irritation de l’expultrice, qui se fait par l’abondance ou l’acrimonie des humeurs. Ce mot vient du grec leienteria, quasi leiotis ton enteron, c’est-à-dire polissure des intestins, qui est la cause que les excréments en coulent incontinent dehors. »

  2. Traduction d’un passage des commentaires de Galien sur les Aphorismes d’Hippocrate (livre vi, chapitre i, concernant celui qui énonce que « Dans les lientéries prolongées, la survenue d’un renvoi acide est un signe favorable, s’il n’existait pas auparavant »).

  3. J’ai traduit anadωsi par « soustraction » (anadusis en grec).

  4. V. note [9], lettre latine 61.

  5. Dans son commentaire, Jacques Houllier ne fait pas allusion à la diarrhée des voyageurs dont parlait ici Guy Patin.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Johann Daniel Horst, le 20 septembre 1664, note 2.
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(Consulté le 08.08.2020)

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