L. latine 61.  >
À Vopiscus Fortunatus Plempius,
le 3 novembre 1656

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[Ms BIU Santé 2007, fo 47 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Vopiscus Fortunatus Plempius, docteur en médecine et professeur royal en l’Université de Louvain.

Très distingué Monsieur, [a][1]

J’ai reçu votre très agréable lettre, dont je vous remercie beaucoup. Mon ami, l’excellent M. Vander Linden, [2] n’a pas ce Panegeryca de Freitag de pharmacopolorum officio[1][3][4] Je vous remercie de m’avoir avisé qu’Erycius Puteanus ne s’est jamais attelé à ce viie livre de Pline, [5][6] comme l’avait pourtant indiqué {Valerius Andreas dans la Bibliotheca} Franz Sweerts dans {son} les Athenæ Belgicæ, page 232. [2][7][8] Rien ne nous parviendra des travaux de Claude Saumaise sur Pline. [3][9] C’est pourquoi je pense sérieusement, l’an prochain, si Dieu m’en concède le pouvoir, à commenter ce viie livre. Je suis affligé et déplore de tout cœur que les enfants d’Erycius Puteanus endurent la pauvreté : ô que ce siècle est injuste et malheureux, où les guerriers, les comédiens et les dissipateurs s’enrichissent, et où les ventres paresseux de tant de moines se gavent du sang des miséreux et des sots, [10] tandis que les fils des savants ont froid et sont affamés ! Musæ sunt mulæ[4][11] assurément, ou du moins n’engendrent-elles rien d’autre que peine et misères diverses. Jadis, tandis que je faisais des recherches sur la patrie d’Avicenne, [12] qui me semblait douteuse, j’ai pris quelques notes dans divers auteurs ; si vous les voulez, si elles peuvent vous être utiles pour votre Præfatio, je vous les enverrai, ou du moins la liste que j’en ai dressée ; je n’en ai pourtant encore rien tiré d’assuré. Dans ses Analecta historico-theologica, page 294, un certain Hottinger, [13] savant Suisse et très connaisseur en affaires hébraïques, qui aujourd’hui vit et enseigne à Heidelberg, a fait mention de vous et de votre travail sur Avicenne. [5] Puisse-t-il vous procurer de la gloire, mais aussi, à nous et à toute la république des lettres, beaucoup d’utilité et bien du fruit. Il vous appartiendra pourtant de vous occuper de ceux qui ont écrit qu’il faut énergiquement mépriser Avicenne (peut-être pour l’imperfection des traducteurs), dont Manardi et Fuchs conduisent la famille. [6][14][15] Notre Fernel, au livre ii de sa Methodus medendi, chapitre xiii, l’a attaqué vivement et finement, comme à son habitude, mais légitimement, si les traducteurs ne se sont pas mépris, car il s’agit d’une erreur très funeste et de très grande conséquence pour le salut du genre humain. [7][16] Pour l’excuser, Grazioli a énormément écrit, [8][17] mais en vain, car il semble ne pas avoir compris l’importance de saigner dans une maladie sans attendre qu’il y ait des signes patents de coction, etc. Oribase, que je sache, n’a écrit aucune Anatomie, hormis un opuscule in‑8o en grec publié à Paris en 1555 (notre Riolan, qui s’y connaît parfaitement en cette matière et que j’ai consulté là-dessus, n’en connaît pas d’autre). [9][18][19] On peut le lire en latin, traduit par Giovanni Battista Rasario, natif de Novara, dans les Medicinæ Principes, parmi les œuvres d’Oribase, page 522. [10][20] J’ai possédé ce texte grec in‑8o, mais l’ai récemment envoyé en Allemagne à M. Werner Rolfinck ; il me l’a réclamé à toute force parce qu’il en a besoin pour composer son nouvel ouvrage anatomique, dont le premier tome a déjà paru il y a un an ; [11][21] mais vous en trouverez la traduction latine dans le tome 2, page susdite, de ces Medicinæ Principes. Comme vous l’avez désiré, j’ai salué de votre part notre très distingué ancien, M. Riolan. Je n’ai pas pu saluer le très savant René Moreau [22] car l’heure fatale a sonné pour lui ; cet excellent et éminent homme, à compter au petit nombre des meilleurs, est parti dans l’au-delà le mardi 17e d’octobre 1656, âgé de 72 ans. Un autre l’a suivi trois jours après, c’est Charles Guillemeau, homme doté d’une grande intelligence, âgé de 68 ans ; à la cour, il avait longtemps servi le roi très-chrétien Louis xiii avec grande faveur et gratitude ; il avait été pour lui ce qu’on appelle le premier des médecins ordinaires, qui est distinct du titre exclusif de premier médecin du roi. [12][23][24][25] Et dans la même semaine, Libitina [26] a eu raison d’un autre troisième, dont le père était flamand, appelé Charles Le Clerc, homme savant et heureux praticien de notre art, âgé de 74 ans. [27] Dieu veuille qu’il ferme ici le cortège, et que la Mort elle-même mette fin à sa frénésie et permette à M. Riolan, notre très distingué ancien, de vivre encore longtemps parmi nous, avec beaucoup d’autres hommes de bien. Mais vous, très distingué Monsieur, demeurez en vie, portez-vous bien et aimez celui qui est en toute franchise votre entièrement dévoué Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 3e de novembre 1656.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Vopiscus Fortunatus Plempius, le 3 novembre 1656

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(Consulté le 24.10.2019)