L. 449.  >
À Hugues de Salins,
le 31 octobre 1656

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Monsieur, [a][1]

Je fais enfin réponse à votre lettre que M. de La Ville [2] m’a rendue, et laquelle a été longtemps en chemin. Je vous remercie de la peine qu’avez eue de faire tenir la mienne à M. Forests. Pour le cahier de mes leçons, [3] on l’avait transcrit pour moi, mais il y a tant de fautes qu’il me faut du temps pour le relire et l’amender. Argenterius [4] est un bon auteur et vous avez là fait une bonne acquisition, mais il n’approche point de Fernel, [5] joint qu’il avait trop envie de draper et de mordre Galien. [1][6] Mentagra [7] est une vilaine dartre qui venait au menton dont le grand Pline [8] a parlé comme d’une maladie nouvelle. Cela est aujourd’hui fort rare. [2] Quelques-uns ont voulu dire que c’était la vérole, [9] sed inde non constat ; [3] trop bien peut-on bien assurer que la vérole n’est point une maladie nouvelle. Je pense que David [10] et Salomon [11] l’ont eue ; elle est aussi dans les Anciens, Hippocrate [12] et Galien, dans Cicéron, [13] dans Martial, [14] dans Apulée. [4][15] Vous faites fort bien de lire Fernel avec les commentaires du père Riolan, [5][16] et ne se peut faire mieux. Mais il faut poursuivre et venir à la Pathologie, divinum opus, auro contra charum, et Persicis omnibus gazis præferendum : [6] ce livre, après les quatre évangélistes, est le meilleur livre du monde. On n’a pas encore réimprimé pour la troisième fois le livre de M. Vander Linden de Scriptis medicis ; [7] on ne le réimprimera que dans deux ans. [17] On vend ici Selecta Medica de cet auteur, qui est un très bon livre, et très utile ; j’en attends un que l’auteur m’envoie de Hollande, il est en chemin ; je l’ai néanmoins tout parcouru, liber est optimæ frugis plenissimus[8] votre argent n’y sera pas mal employé, il est de haute gamme et digne d’être lu, mirabilis bonitatem libri et polymathiam authoris[9][18] Il a plus de cent feuilles in‑4o et est fort bien imprimé. Ils l’ont vendu 6 livres en blanc ; peut-être qu’il ramendera de quelque chose, mais ce n’est point la peine d’attendre. Ce même auteur s’en va faire imprimer un Cornelius Celsus [19] in‑4o avec ses notes ; et puis après, il fera imprimer l’Arétée [20] grec latin, qui est optimus medicinæ scriptor qui vixit ante Galenum ; [10] ce sera un fort bon ouvrage. Je me souviendrai des deux livres que désirez, savoir Smetii Miscellanea et Fr. Porti Decas Medica[11][21][22] s’ils se rencontrent à acheter. Pour les topiques [23] dans les gouttes, [24] je ne les improuve pas, mais il faut saigner [25] hardiment pour en arrêter la fluxion et apaiser la douleur ; ce que tous les topiques du monde ne peuvent faire si tôt, si aisément ni si sûrement. Je sais bien que l’on y peut mêler des narcotiques, mais cela ne vaut rien, cela n’appartient qu’aux chimistes [26] et empiriques : [27] narcotica isthæc sunt venena quæ gangrænosim et necrosim inducunt[12] Les topiques ne doivent donc être que légers, ex oxycrato tepido, aut ex ipsius ægrotantis urina tepida : ibi enim utramque paginam facit venæ sectio sæpius etiam repetita, ratione plenitudinis vasorum, putredinis, rheumatismi, doloris, imo et latentis cuiusdam virulentiæ, huic morbo familiari[13][28] Quand la fluxion est arrêtée et la douleur apaisée, locus est blanda purgationi, ex foliis et medulla, tandem etiam addito syrupo diarhodon[14][29]

Cancri fluviatiles male destinantur ad analepsim ; quia habent succum viscidum et glutinosum, et tamen parum nutriunt. Ad legitimam analepsim requiruntur ea quæ multum nutriunt, qualia sunt ova sorbilia, iuscula ex optimis carnibus, gelatina, vinum optimum illudque vetum, aqua multa iugulatum : paucæ carnes in prandio, somnus multus, et similia[15]

Que l’eau qui passe par des canaux de plomb [30] fasse la dysenterie, [31] cela se dit, et même quelques médecins l’ont écrit ; mais l’expérience y est au contraire car il y a plusieurs villes en France où l’on ne boit que de telles eaux, et néanmoins on n’y voit point de dysenterie. Nous en avons une forte expérience dans Paris : plus de la moitié de la ville y boit de cette eau qui y est dérivée par des canaux de plomb, nihilominus tamen dysenteria hic est affectus rarissimus[16] Nous ne voyons ici guère de tel mal, si ce n’est en quelques provinciaux, principalement de Guyenne, [32] Languedoc ou Provence : isti homines abundant atra bile, ideoque tali morbo sunt ut plurimum obnoxii[17][33]

Medicamenta purgantia agunt per irritationem, tractionem et expulsionem : itaque malim sentire cum Riolano Patre quàm cum Fernelio. Similitudo substantiæ est principium fictum et suppositum a Galeno, quia rem ipsam natura sua difficillimam non intelligebat : eadem causa ductus eum sequutus est Fernelius. Vide Gulielmum Puteanum, et Erastum de occultis pharmac. potestatibus, et lege utrumque integrum, et Aristotelem in problematis, cum comm. Septalii[18][34][35][36][37][38]

C’est chose certaine que l’on peut purger [39] des femmes grosses tous les mois de leur grossesse, præsertim post tertium, quum firmiter adhæret fœtus, si diffluunt impura aliqua plenitudine primæ regionis : sed ad hoc vitanda sunt acria medicamenta, transigendumque negotium cum foliis Orient. paucis, et medulla dissoluta ; forte etiam adhibendum erit aliquantulum rhei ad robur conciliandum. Dabo exemplum pro muliere nec admodum forti, nec infirma : [19][40]

℞ decoct. cichorar. ℥ vj. in quib. infunde per noctem fol. Orient. ʒ ijß. vel ʒ iij. rhei electi in minutas partes dissecti ʒ ß. in colat. cras mane dissolv. med. cassiæ recens extractæ ʒ iij. vel confect. universalis  ß. fiat potio, sumenda summo mane, trib. horis ante iusculum, et superdormiat. Si valider fuerit mulier, pauloque fortiori medicamento indigeat, adde syr. de chicorio compos. cum rheo  j. vel rosar. solutivi veteris : quum enim unum vel alterum annum attigit, minus ipse purgat et blandius : sed roborat et est cardiacus[20][41][42]

M. de La Curne [43] est un mélancolique [44] échauffé qui a la berlue. [21][45] Je lui ai fait voir dans Freigius [46] sur les Oraisons de Cicéron, page 159, tome i, le passage où il est dit que Rabelais [47] en mourant prononça ces paroles : Tirez le rideau, la farce est jouée[22] Pour le livre de tribus Impostoribus, il n’a jamais été imprimé. [23][48] M. Grotius [49] in Evangelia l’a fort bien dit page 84 appendicis ad commentationem de Antichristo[24] De ces trois bons compagnons, plusieurs en ont parlé, et il y a déjà longtemps : Matthieu Paris [50] l’a dit de Frédéric Barberousse [51] qui vivait il y a 500 ans ; [25] les moines, [52] pestilentissimum hominum genus[26] inventèrent cela contre lui afin de le rendre odieux à cause qu’il faisait la guerre au pape ; Lipsius in Monitis Politicis, et alii infiniti[27][53] Phrygius, comme vous l’écrivez, est le nom de deux médecins de Pavie, [54] père et fils, dont l’un a fait un commentaire sur le Pronostic d’Hippocrate [55] et l’autre, savoir le fils, sur les Histoires épidémiques, in‑4o, fort bon livre imprimé à Lyon chez M. Huguetan l’an 1643. [28][56][57] Mais Freigius est le nom d’un jurisconsulte et professeur allemand qui a travaillé sur les Pandectes et qui régentait à Paris au Collège de Presles, [58] d’où Ramus [59] était principal et qui y fut tué comme huguenot [60] à la Saint-Barthélemy ; [29][61] Freigius n’y fut pas tué, d’autant qu’il se cacha si bien que les massacreurs ne le purent trouver. Et voilà pour votre lettre, mais voici bien d’autres nouvelles. Nous avons perdu en six jours trois de nos anciens : M. Moreau [62] le bonhomme est ici mort le 17e d’octobre, âgé de 72 ans ; M. Guillemeau, [63] le 20e d’octobre, âgé de 68 ans ; et M. Le Clerc, [64] le 21e d’octobre, âgé de 74 ans, c’est avoir longtemps vécu pour un ivrogne. Ce dernier est mort d’apoplexie, [65] en trois heures de temps ; les deux autres ont été longtemps malades. La reine de Suède [66] est à Turin ; [67] sa pérégrination n’est point tout à fait vaine, elle est venue pour traiter quelque chose dont la réussite est incertaine. Le roi [68] est ici. La princesse de Conti [69] est accouchée à sept mois d’une fille morte. Je baise les mains à mademoiselle votre femme, à Messieurs vos père et frère, et suis, Monsieur,

Totus tuus aere et libra, Guido Patinus[30]

De Paris, ce dernier d’octobre 1656.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 31 octobre 1656

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(Consulté le 19.10.2019)