L. 518.  >
À André Falconet,
le 1er mars 1658

Codes couleur
Citer cette lettre
Imprimer cette lettre
Imprimer cette lettre avec ses notes

 

Monsieur, [a][1]

Je vous remercie du livre nouveau du P. Théophile, [2] cela sera bon à voir. Je n’en dis pas tant de votre Meyssonnier [3] qui est bien folâtre, je voudrais qu’il s’épargnât la peine de me rien envoyer car ses livres n’en valent pas le port ; joint que je n’ai pas le loisir de lire de telles bagatelles. Cet homme s’imagine que c’est pour lui que Salomon [4] a parlé lorsqu’il a dit qu’il n’y avait point de fin de faire plusieurs livres. [1][5] Votre M. Robert [6] est parti il y a plus de huit jours, et a fort bien fait de s’en aller car le débordement de la rivière [7] a bien emporté de grosses bêtes et il eût peut-être éprouvé la même fortune s’il n’eût hâté son retour. Il n’est rien de tout ce qu’il vous a mandé touchant notre Faculté, j’en ai mandé toute la vérité à M. Spon, et M. Piètre [8] en a pareillement écrit à MM. Guillemin [9] et Garnier, [10] ce qu’ils vous diront si vous leur en demandez leur avis.

On a ici parlé de la mort de M. de Candale [11] avec quelque regret pour sa personne, mais non pas pour sa Maison car son père [12] est aujourd’hui fort haï comme l’héritier d’un favori de Henri iii [13] qui se ruina lui-même et ébranla toute la France pour enrichir son mignon, qui a été un terrible compagnon. [14] Tout Paris n’a parlé de cette mort qu’avec admiration et l’on n’a dit que du bien des médecins qui l’ont traité. M. le comte de Rebé [15] m’a dit qu’il avait une vieille gonorrhée [16] dont on l’avait trouvé tout pourri après sa mort. [17] Pour le poison qui en était soupçonné, [18] je n’en suis pas surpris : on en dit toujours autant à la mort des princes, dont on fait souvent mystère et finesse. Les taches livides du cœur peuvent venir de la pourriture du sang dans le cœur et aux environs. [2] Pour le cardinal de La Valette, [19] son frère, j’ai toujours cru qu’il fut empoisonné en Italie par ordre du cardinal de Richelieu [20] qui voulait ruiner cette Maison. Un fin et rusé courtisan me le dit de ce temps-là. Ce cardinal était un Jupiter massacreur qui faisait périr ses ennemis par le fer et ses amis par le poison. [21] Il avait de très grandes obligations au cardinal de La Valette, mais sa grande fortune l’aveuglait. [3] Laissons ces gens-là, j’entends ces grands, ces favoris mangeurs de chrétiens et véritables anthropophages.

Votre observation de cinq rates [22] distinctes trouvées dans un corps que vous avez fait ouvrir est fort belle et bien singulière. Je lui donnerai place en bon lieu, tant à cause de vous que pour sa rareté. [4] La nuit passée, 22 maisons sont chues sur le Pont-Marie [23] dans la Seine à minuit précisément, avec perte d’environ 30 personnes et de beaucoup de bien. [5] Néanmoins, la rivière a diminué depuis hier au soir de trois pieds. Voilà des malheurs publics qui nous menacent, disent les bonnes gens, d’autres calamités. On ne laisse pas de faire ici des bals, des ballets [24] et de belles collations. La reine de Suède [25] admire tout et les autres prennent tout.

On dit que Rouen est à moitié dans l’eau et qu’il y a de grandes pertes de marchandises à cause qu’elle est entrée dans les magasins. On dit aussi que l’eau a emporté une partie de la citadelle d’Amiens. [26] Tout est en désordre, l’homme est un misérable animal à qui tous les éléments font la guerre. Pline [27] me fournit là-dessus de belles pensées, livre 7, mais elles sont trop longues pour une lettre. [6] Je me recommande à vos bonnes grâces et suis, etc.

De Paris, ce 1er mars 1658.


Écrire à l'éditeur
Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.
Une réalisation
de la BIU Santé
×
     [1] [2]   Appel de note
    [a] [b]   Sources de la lettre
    [1] [2]   Entrée d'index
    Gouverneur   Entrée de glossaire

× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 1er mars 1658

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0518

(Consulté le 09.12.2019)