L. 583.  >
À André Falconet,
le 28 octobre 1659

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Monsieur, [a][1]

J’ai parlé de la bonne sorte à votre homme, il a promis tout ce que j’ai voulu et a eu peur de votre colère, ainsi elle a été bonne à quelque chose. Néanmoins, un ancien a dit que cette passion n’était bonne qu’à tout gâter et qu’un jour Minerve, [2] quoiqu’elle fût la reine des sciences et la déesse du bien dire, s’étant mise en colère, fit un solécisme[1] Pour cet autre homme dont vous me parlez, c’est un stoïque renfrogné, un homme tout particulier et tout mystère : totus sui iuris, totus, μονοτροπος. [2][3] Je ne l’ai point vu depuis, mais je ne crois pas qu’il soit encore parti de Paris. Pour la fréquente saignée [4] qui se fait ici, il n’a que faire de s’en prendre à nous. Nous ne sommes pas la cause des maux qui se font dans le monde, nous ne saurions faire autrement, c’est la débauche qui est universelle, et la trop bonne chère qu’on fait qui nous y oblige. Nous ne saignons point par coutume, mais par nécessité, par règles et par indications. Les prétendus réformateurs et législateurs se plaignent toujours et n’avancent rien pour cela. Ce n’est pas grand’chose de dire à un homme qu’il n’est pas dans le bon chemin, il faut lui montrer quel chemin il doit tenir. Quelques étrangers blâment nos fréquentes saignées, qui n’en savent ni la cause, ni le fruit, non pas même la nécessité. Si nous saignons trop, qu’ils nous donnent le moyen de nous abstenir et nous disent quel autre remède peut être mis en usage au lieu de la saignée. [3] Vous aurez bientôt le livre de M. Des Gorris [5] qui vous en entretiendra ; [4] et en attendant, laissons parler les malcontents, Dieu laisse bien vivre les tyrans, les usuriers et les jureurs de son saint Nom.

Je baise très humblement les mains à notre cher ami M. S***, [6] très bon personnage, ôtés et exceptés les intérêts de la petite paroisse, à laquelle je ne laisse pas de me recommander. [5] Elle vient d’être nouvellement augmentée d’un révérend père cordelier nommé le P. Belletille, [7][8] natif de Provins [9] qui avait sept ans durant enseigné la théologie. [10] Voilà de nos prédicateurs et de nos prophètes : il dit que si Dieu l’a inspiré, ce n’est que pour le salut de son âme et pour le retirer de l’Égypte des moines et le délivrer de la tyrannie du cloître. [6] C’est peut-être encore quelque autre chose, qu’il n’oserait dire pour son honneur. Il est maintenant en Hollande, je pense que chez eux, aussi bien que chez nous, on ne fait guère d’estime des moines défroqués. Comme ils sont souvent entrés dans le cloître par des considérations humaines, ils en sortent aussi quelquefois de même, mais les dernières sont souvent bien pires que les premières. [7][11] Je vous baise les mains et suis, etc.

De Paris, ce 28e d’octobre 1659.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 28 octobre 1659

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(Consulté le 15.10.2019)