L. 615.  >
À André Falconet,
le 8 juin 1660

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Monsieur, [a][1]

Je vous écrivis vendredi dernier, 4e de juin, par la voie de M. Langlois avec deux lettres, dont l’une était pour M. Barbier. J’ai aujourd’hui rencontré notre avocat M. Chenvot, [2] lequel m’a dit que les chirurgiens [3] de Saint-Côme n’étaient que des sots et que la rescision qu’ils avaient obtenue ne servirait qu’à leur faire coûter de l’argent et à augmenter leur honte. [1] Il dit qu’il est tout près de plaider contre Des Gorris, [4] mais qu’il y a encore d’autres avocats qui s’apprêtent (ce sont ceux de l’Université) et que jamais les huguenots [5] ne gagneront cette cause. [2]

Ce 6e de juin. Pour réponse à la vôtre que je viens de recevoir, je vous dirai que je me souviens fort bien de votre M. Lucques. [6] Il a été à M. de Guise [7] et a été à Naples [8] avec lui. C’est un grand maigre, un peu rougeaud, délicat et vitreæ valetudinis[3] ce garçon est pulmonique. Il a été quelquefois mon auditeur, je l’ai ici traité malade, il avait quelque procès à la Grand’Chambre au rapport de M. < Le > Meusnier. [9] On imprime la vie de Galien [10] du P. Labbe, [4][11] qui est de Bourges ; c’est Labbe et non Labbé, qui diffère en tout du P. Labbé [12] de Lyon qui fait du latin par pointes et de pain d’épices. [5] Cette Vie partira avec quelques autres pièces curieuses que je vous destine. On dit que le roi doit être marié [13] aujourd’hui, 6e de juin, et que demain le roi d’Angleterre [14] fera son entrée dans Londres. [6]

Je vous remercie très humblement, et vous et Mme Falconet, de la part que vous prenez au mariage que nous avons fait de mon aîné. [15] Nous n’avons fait aucune assemblée, il n’y a eu de notre côté que le frère du marié, Carolus meus, filius dulcissimus, pathologiæ professor[7][16] et le frère et la sœur de ma femme. Tout le monde se loue de cette modération, les grandes assemblées sont fort importunes et incommodes. Notre profession nous empêche de faire tant de cérémonies, joint qu’elles coûtent trop. Faites-moi la grâce de faire mes recommandations à notre cher et féal ami M. Spon qui recevra dans huit jours une autre grande lettre de quatre pages, j’en suis à la troisième. Je lui écris volontiers, et à vous encore davantage, j’ai de la joie quand je vous puis mander que j’espère vous pouvoir être agréable ; aussi, je lis et relis vos lettres avec réjouissance et j’ai souvent regret que je n’aie de ces bonnes nouvelles à vous mander telles que je désirerais bien, mais quid facerem ? [8][17] Je vis hier chez M. Rousselet [18] un révérend père augustin[19] homme sage, savant et bon compagnon, nommé le P. Carpentier, qui fait grand état de vous. Nous causâmes ensemble de plusieurs choses, je le trouve homme d’esprit et de belle conversation, je lui ai promis de vous faire ses recommandations. Que fait votre Basset ? [20] M. Bouge [21] est-il reçu ? Paiera-t-il les 100 écus de la vérification de votre statut ? Cela causera quelque tranchée [22] dans la tête ou dans le ventre d’un Provençal qui est natif d’Antibes. [9][23]

Ce 7e de juin. Il y a ici des lettres qui portent que le roi d’Angleterre fera son entrée dans Londres le 9e de ce mois, qui sera mercredi prochain. Pour le mariage du roi, nous n’en avons encore rien de certain. Les Espagnols opposent toujours par de nouvelles finesses leurs froideurs accoutumées à nos chaleurs ordinaires ; néanmoins, l’on dit que ce doit être pour le 8e de juin. Je fus hier à souper chez M. le premier président [24] que j’entretins assez bien devant le souper ; mais comme nous achevions de souper, survint M. le comte d’Albon, [25] qui dit qu’il avait soupé. Tôt après, survint Madame sa femme, [10][26] et puis d’autre monde, ce qui fut cause que je m’en vins tout doucement sans dire adieu à personne, comme on fait chez les grands. J’appris là que ce dernier rompu à la Grève [27][28] était le vrai Solitaire, [29] qu’il avait avant l’âge de 22 ans tué 50 personnes, qu’il s’appelait de La Nouë ; que son père [30] est à 16 lieues d’ici, moine de l’Ordre de la Merci, [11][31] qu’il avait été complice du vol de M. du Plessis-Bellière, [12][32] ce qu’étant reconnu, il satisfit à partie et se rendit moine, qu’alors il était écuyer de M. de La Vieuville ; [33] qu’il avoua à la question que lui était le vrai Solitaire et que tout ce qu’il avait dit durant son procès d’un autre était faux. Hier au matin, rue Barbette, [13][34] il y eut un grand carnage de plusieurs laquais qui s’y battirent en duel, [35] il y en a eu plusieurs de blessés et sept autres de tués sur place. Les maçons et tels ouvriers de bâtiment ont tâché de faire ici sédition, laquelle eût été à craindre tant elle était grande, mais on en a pris prisonniers par arrêt de la Cour ; on croit que le danger en est passé. Je vous prie de faire mes très humbles recommandations à Mme Falconet, à tous nos amis, à M. Spon et à M. Garnier, et d’être persuadé que je suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 8e de juin 1660.

Quand nous viendra le Saint Georges du P. Théophile Raynaud ? [36] Le roi d’Angleterre a mandé à la reine sa mère, [37] qui est ici, qu’il est arrivé en Angleterre et qu’il ne vit jamais tant d’acclamations. On attend demain le courrier qui apportera la nouvelle comme il est entré et a été reçu en Angleterre. La paix est faite entre le Danemark et la Suède, celle de Pologne est faite aussi. [14][38] Les lettres de Hambourg [39] portent qu’il y est arrivé deux vaisseaux de cromwellistes [15][40] qui se sont exilés de Londres et qu’ils n’ont point attendu le retour du roi d’Angleterre.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 8 juin 1660

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(Consulté le 22.11.2019)