L. 665.  >
À André Falconet,
le 18 janvier 1661

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Monsieur, [a][1]

Il y a 15 jours passés que nous n’avons point eu de vos nouvelles, ce qui me fait croire que vous êtes aux champs plutôt que malade, car si vous étiez au lit, au moins pourriez-vous nous faire écrire quelque petit mot. Mettez-nous donc hors de peine et tout au moins, apprenez-nous si vous êtes en santé, vous et toute votre famille. La princesse d’Orange, [2] qui est morte depuis peu à Londres où elle était allée voir le roi son frère [3] et la reine sa mère, [4] n’avait que 28 ans. Elle n’est point morte de la petite vérole, [5] mais d’un remède fort violent qu’elle avait pris pour un soupçon qu’elle avait de quelque mal caché qui eût duré plus de six mois. [1][6] Ce mal appartient au passage de l’Apologétique de Tertullien, [7] Nec natam refert quis eripiat animam, an nascentem disturbet[2] Ce sont des désordres des princes, la plupart desquels sont comme David, [8] qu’ils imitent bien en ses péchés, mais non pas en sa pénitence.

Il y a du bruit au Palais pour un voleur âgé de 83 ans qui fut pris sur le fait, samedi dernier, dans l’Élection. [3][9] Il fut aussitôt condamné à être pendu ; appel sur-le-champ à la Cour des aides [10] qui confirma la sentence ; aussitôt le bailli du Palais s’y opposa, disant que cela était de sa juridiction, et il fit fermer toutes les portes du Palais pour en être le maître. La Cour des aides eut recours à M. le chancelier [11] qui envoya demander le prisonnier par un huissier de la chaîne et quatre hoquetons. [4] Le bailli du Palais gagna en attendant M. le premier président[12] qui répondit à l’huissier que M. le chancelier était mal informé de la vérité du fait, que le prisonnier était dans la Conciergerie [13] où il demeurerait jusqu’à ce que son différend fût réglé. Les quatre hoquetons n’osèrent paraître ni avancer parce que le bailli avait déjà fait entrer dans la cour du Palais quatre compagnies d’archers. Messieurs de la Tournelle [14] disent aussi que ce procès leur appartient. Ainsi, pour trop de juges, le larron n’est point pendu, mais je crois qu’il le sera bientôt. Il se dit le roi des voleurs et des coupeurs de bourse, et dit qu’il a appris ce métier de son père qui était un des premiers coupeurs de bourse du temps d’Henri iv[15] n’est-ce pas là une belle généalogie ? Je suis votre, etc.

De Paris, ce 18e de janvier 1660.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 18 janvier 1661

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(Consulté le 19.10.2019)