L. 775.  >
À André Falconet,
le 8 avril 1664

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Monsieur, [a][1]

Je ne sais rien de nouveau de l’Hippocrate de M. Vander Linden. [2][3] Cet auteur est mort à Leyde, [4] âgé de 53 ans, d’une fièvre avec fluxion sur la poitrine après avoir pris de l’antimoine [5] et sans s’être fait saigner. [6] Quelle pitié ! faire tant de livres, savoir tant de latin et de grec, et se laisser mourir de la fièvre et d’un catarrhe [7] suffocant sans se faire saigner. J’aime mieux être ignorant et me faire saigner quelquefois. Il y a trois ans que j’en tenais, [1] si je n’eusse eu l’esprit de me faire promptement saigner. J’aime mieux que l’on jette mon sang sur un fumier que si l’on mettait mon corps en terre. Voilà comment meurent les fous et les chimistes. [8]

Je prie Dieu de bon cœur qu’il renvoie la santé à votre chère moitié. [9] Le lait d’ânesse [10] sera dans la grande force dans dix jours, je souhaite qu’elle s’en trouve bien. Si je la pouvais guérir, je partirais dès demain pour Lyon, mais il y a trop loin d’ici. [11] Galien [12] envoyait ses malades à la montagne de Stabium, qui en revenaient en bonne santé. Mon fils Carolus [13] m’en a confirmé la remarque par une médaille de l’empereur Geta, [14] qu’il estime fort, où il m’a montré une vache que les habitants de cette montagne avaient fait représenter pour l’excellence de ce lait. [2][15] Nous en avons aussi de celui d’ânesse très bon alentour de Paris. Ma belle-mère, [16] morte âgée de 84 ans d’une apoplexie, [17] avait pris 60 ans durant le lait d’ânesse. La mère de M. Du Laurens [18] le conseiller[19] mourut l’an passé âgée de 87 ans, elle en usait tous les ans depuis l’âge de 22 ans. Sa belle-sœur, veuve d’André Du Laurens [20] l’anatomiste, avait fait la même chose et a vécu 85 ans. Il fait ici des merveilles, particulièrement au printemps et en automne, notamment quand on le prend avec précaution. Je n’en donne jamais que les entrailles ne soient bien nettes et préparées par de bonnes et douces purgation[21] Je suis, etc.

De Paris, ce 8e d’avril 1664.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 8 avril 1664

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(Consulté le 16.10.2019)