L. 994.  >
À André Falconet,
le 10 septembre 1670

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Monsieur, [a][1]

Depuis ma dernière, je vous dirai que les Hollandais sont sur le bureau et que l’on parle d’eux comme s’ils étaient tout à fait déclarés nos ennemis ; même, il y en a qui supposent que le roi d’Angleterre [2] sera de notre côté. Le premier médecin, M. Vallot, [3] est toujours bien malade. Je viens d’apprendre qu’il a été saigné [4] trois fois depuis huit jours pour des redoublements, des frissons et des oppressions. C’est une hydropisie [5] de poumon, selon mon sentiment, qui l’étouffera. Il a vendu tout ce qu’il a pu pour faire de l’argent et il est en danger de voir bientôt le moment de sa vie auquel son argent ne lui servira plus de rien. Stulte, hac nocte repetent animam tuam ! et quæ parasti, cuius erunt ? [1][6] Le cardinal Mazarin [7] était sujet à des douleurs néphrétiques [8] et podagriques [9][10] qui l’affaiblirent fort, mais son dernier mal fut cette hydropisie de poumon. L’eau qu’il avait dans la poitrine l’étouffa à la fin, par un grand bonheur pour la France, et l’emporta en l’autre monde d’où personne ne revient ; aussi n’est-il pas revenu, mais son esprit a régné et règne encore en quelque façon. Les soldats d’Alexandre le Grand [11] disaient de lui après sa mort en voyant son portrait, qu’il commandait encore quoiqu’il fût mort. [2] Je ne les veux pas mettre en comparaison l’un avec l’autre car toutes ces comparaisons sont odieuses. Ils étaient tous deux grands larrons et néanmoins, fort dissemblables. Sénèque [12] appelait Alexandre un jeune éventé et un voleur de tout le monde, Vesanus adolescens, infelix prædo orbis terrarum, etc[3] Pour le Mazarin, il n’a fait que ce qu’il devait, puisqu’on le laissait faire.

Nous avons ici un médecin fort malade âgé de 72 ans, c’est M. Jacques Thévart, [13] dit le camus. Il est un des médecins qui servent à l’Hôtel-Dieu, [14] a un choléra morbus, [15] autrement trousse-galant, [4] dont il manqua hier de mourir ; et quoi qu’il en arrive, il est fort aisé de croire qu’il n’ira pas loin. De notre licence, [16] il n’y a plus que lui, Morisset [17] et moi. [5] Je suis, etc.

De Paris, ce 10e de septembre 1670.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 10 septembre 1670

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(Consulté le 24.10.2019)