L. latine 365.  >
À Johann Paul Felwinger,
le 28 août 1665

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[Ms BIU Santé 2007, fo 194 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Paul Felwinger, à Altdorf.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Acceptez mes remerciements pour vos nombreux cadeaux et votre bienveillance à mon égard ; mais vous n’aviez pas à tant en faire pour récompenser mon bien modeste présent, dont je ne suis pas loin d’avoir honte. Pour en venir à votre lettre, je vais y répondre de mon mieux. J’espère que nous verrons l’an prochain vos Dissertationes politicæ (j’entends leur seconde partie) : [1] je les éplucherai toutes et les lirai de bout en bout, pour ma distraction et mon profit ; et pour cette promesse que vous m’en faites, soyez certain que, le moment venu, je vous en exprimerai ma gratitude. Je n’oserais pourtant nullement m’engager envers vous quant à votre dessein de dédier quoi que ce soit à notre roi, car cette pensée n’est pas à mon goût : notre monarque est certes très bon, mais il ne prête guère d’attention à ce genre d’écrits, et je ne vois pour vous rien à espérer de lui. [2] Cherchez donc ailleurs un autre mécène, car il ne considère pas d’un bon œil les savants hommes qui lui dédient des livres. Ses pensées sont autres et son penchant naturel l’attire vers d’autres faveurs ; du moins ne sacrifie-t-il pas aux Muses, ni à ceux qui les cultivent ; mais bien plutôt à cette déesse [3] qui, dans Virgile, [4] dit d’Énée [5] à son fils, [6] Nate, meæ vires, etc. [2][7] Il a pourtant pour confesseur un père jésuite, etc. [8] Je loue assurément votre dessein de défendre la nature divine de Jésus Christ, en faveur de Cichovius contre un certain photinien, [3][9][10] et Dieu fasse qu’il vous en soit reconnaissant. Je voudrais néanmoins que vous n’attendiez rien des jésuites : [11] ils n’ont de reconnaissance qu’à leur propre endroit ; les honnêtes gens et les doctes écrivains ne doivent espérer aucun bienfait de cette troupe, de cette Société ; ces bons pères altruistes ne s’intéressent et ne font de bien qu’à eux-mêmes. Nigra cohors, quorum, quidquid non dicitur, Ars est[4][12] Vous n’avez aucune raison de croire que je manque de hardiesse : je m’exprime sincèrement et librement, mais candidement. Je vous incite même à trouver vrai ce qu’a dit un ancien auteur et de vous le tenir pour dit : hic mihi nec seritur, nec metitur[5][13] Peut-être y aura-t-il en votre Allemagne quelque prince ou quelque pieux prêtre, qui estimera fort votre travail et l’approuvera ; je considère qu’il n’y a rien à espérer des nôtres, pour qui Musæ sunt mulæ, car elles sont stériles ; [6][14] et eux-mêmes sont des mules et des ânes, etc. Je salue de tout cœur M. Conring, [15] homme remarquable et vraiment éclatant par l’étendue de son érudition, ainsi que votre fils, qui est son hôte. [7][16] Je vous offre de le loger dans ma maison toutes les fois vous voudrez nous l’envoyer, afin qu’il voie Paris, le plus splendide et le plus élégant condensé du monde lettré. Mais en attendant, très distingué Monsieur, vivez et portez-vous bien, et continuez de nous aimer.

De Paris, le 28e d’août 1665.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Paul Felwinger, le 28 août 1665

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(Consulté le 15.10.2019)