L. reçue 13.  >
De André Falconet,
le 12 mars 1657

Codes couleur
Citer cette lettre
Imprimer cette lettre
Imprimer cette lettre avec ses notes

 

À Lyon, ce 12e de mars 1657.

Monsieur, [a][1][2]

Vous croyez bien que sans une excuse légitime, ou d’absence ou d’affaires bien pressantes, je n’aurais pas tant tardé à vous écrire. J’ai demeuré plus d’un mois en campagne auprès de Mme la duchesse d’Uzès, [3] quæ vergit ad hydropem[1][4] Je suis de retour, grâces à Dieu, en bonne santé et en volonté de recevoir, s’il vous plaît, de vos nouvelles et vous faire part des miennes. Les compliments et les civilités que vous me faites valent mille fois plus que tout ce que je vous saurais présenter. Je vous réponds qu’ils partent d’aussi bon cœur, comme il est vrai que ce sont les plus assurés cardiaques [5] que nous ayons. J’ai donné à un de nos messagers nommé de Billy [6] un livre pour vous rendre, qui est tout nouveau et de nouvelle impression ; si le dedans répond à son titre il méritera d’être lu. Son père était bon médecin et estimé en Provence, et le fils ne l’est pas moins. [7][8] Il n’aime pas Van Helmont, [9] il a fait contre lui à la fin de son livre un Apologeticon, contre sa doctrine touchant la pleurésie. [10] Vous me manderez à votre loisir votre sentiment sur l’un et l’autre traité. [2]

Si M. Huguetan ne m’avait dit, et à M. Spon en ma présence, qu’il vous avait écrit touchant le Theatrum vitæ humanæ que vous désirez, [11] je vous l’aurais envoyé, mais il nous a assurés qu’il vous a donné un moyen de delà à assez bon compte. [3] Il me restait toujours cela sur le cœur à vous écrire durant mon absence.

Je ne sais pas si les rhumatismes [12] ont été aussi communs et aussi fâcheux à Paris qu’en toute notre province. Ceux qui dégénéraient en inflammations de poitrine et des poumons multos iugulabant[4] Depuis le commencement de ce mois ils nous donnent grand relâche, il fallait qu’ils eussent une cause commune, car tretous étaient presque également tourmentés.

L’on nous apprend ici qu’il y a cinq illustres têtes à Paris grièvement et très périlleusement malades, dont entre autres M. le premier président [13] en est un, et que M. de La Mothe [14] est mort. Quo morbo laboret senatus princeps certum me facias rogo ; [5] mais encore mieux, s’il vous plaît, quelle est la maladie de Son Éminence que l’on dit ici être fort malade renis dextri calculo et ulcere ? [6][15]

Vous voulez bien que j’assure MM. Patin que je suis leur très humble serviteur, et que je souvienne Monsieur votre aîné [16] des thèses [17] qu’il m’a promises.

Je vous remercie de vos bons avis touchant cette bonne religieuse, [18] elle est présentement hors de péril et sans crainte d’être hydropique ; [19] mais il lui reste une cruelle douleur de tête dont la véritable cause est la diminution de ses mois, [7] qu’elle a en fort petite quantité ; d’où s’ensuit nécessairement que les veines et les artères étant remplies d’une excessive quantité de sang ardent, bouillant et bilieux, [20] il s’élève continuellement des fumées et des sérosités subtiles et enflammées au cerveau qui étendent les membranes par leur quantité, ou les picotent par leur acrimonie ; outre la plénitude [21] universelle, il y en a encore une particulière de la tête, d’où vient la continuité de la douleur et une chaleur inflammatoire en cette partie qui paraît plus la nuit que le jour, et que l’on peut appeler justement avec Hippocrate une fièvre capitale. [8][22][23] Rien ne la soulage à l’égal de la saignée, ex superis et inferis artubus ; [9] mais j’appréhende fort que la saison où nous allons entrer, où toute la masse du sang est en mouvements et ébullition, ne lui cause quelque nouveau désordre sin occurremus epicrasi et diaphoresi[10][24][25] Mais je ne vois pas que je commence à vous ennuyer et que je fais trop long, il y avait aussi trop longtemps que je ne vous avais point parlé. Je suis à mon ordinaire, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Falconet.


Écrire à l'éditeur
Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.
Une réalisation
de la BIU Santé
×
     [1] [2]   Appel de note
    [a] [b]   Sources de la lettre
    [1] [2]   Entrée d'index
    Gouverneur   Entrée de glossaire

× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De André Falconet, le 12 mars 1657

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=9013

(Consulté le 16.11.2019)