L. reçue 17.  >
De Charles Spon,
le 24 avril 1657

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De Lyon, ce 24e d’avril 1657.

Monsieur notre cher et précieux ami, [a][1][2]

Vous saurez que toutes vos trois lettres du courant, à savoir du 1er, 4e et 13e d’avril, m’ont été fort bien rendues : la première par M. Mazuray d’Orléans, [3][4] la seconde par M. Parker, [5] Anglais, et la dernière par la poste ; pour toutes lesquelles et tout ce qu’elles contiennent de bon, je vous rends grâces très humbles. Quant à M. Mazuray, il partit d’ici le 15e pour son voyage de Montpellier où je l’accompagnai d’un mot de lettre adressé à M. Courtaud, [6] par lequel je le priais de dépêcher bientôt ce jeune homme afin qu’il puisse en bref revenir proche la personne de Monsieur son père. [7] M. Parker, lequel, outre votre lettre, me délivra aussi le paquet de livres duquel vous l’aviez chargé, partit le 20e d’ici pour continuer sa route vers l’Italie. Au reste, j’ai reconnu l’un et l’autre de ces deux jeunes hommes fort honnêtes gens et vous remercie très particulièrement de m’avoir procuré leur connaissance. J’ai remis entre les mains de M. Gras les 17 lettres des jansénistes [8] que vous lui aviez destinées, dont il vous remercie de grand cœur et vous assure de ses obéissances, m’ayant prié de vous dire de sa part qu’il ferait moyen de vous faire avoir un exemplaire du livre du sieur Restaurand [9] imprimé à Orange, [10] De Monarchia microcosmi ; à quoi je le solliciterai de ne pas manquer pour vous en faire avoir le passe-temps, ce pauvre auteur ayant cette maladie d’esprit qu’il ne croit point qu’autre que lui ait jamais compris le vrai sens d’Hippocrate [11] et qu’il n’y a que lui qui en porte les clefs, comme saint Pierre celles de paradis. Galien [12] même passe en cela pour un novice chez lui. Cependant, il a retiré par devers soi toutes les copies de son livre, de sorte qu’il y aura de la peine d’en avoir que de sa main, ce qui fâchera beaucoup de curieux. [1] Pour les deux livres in‑8o reliés, lesquels vous désirez faire tenir à M. Volckamer [13] à Nuremberg, je ne faudrai point, par la première occasion que je pourrai rencontrer de nos marchands faisant balles pour ces quartiers-là, de les envoyer. Je m’en suis déjà informé de quelques endroits, mais l’on n’envoie rien pour cette foire [14] à cause des bruits qui courent d’une prochaine rupture que nous allons avoir avec l’Empire au sujet de l’Alsace. [2][15] J’étais en volonté de vous envoyer par le coche le Sennertus que j’ai céans pour vous, [16] ensemble les manuscrits de Hofmannus ; [17] mais ayant appris que l’on avait depuis peu volé un de ces coches et craignant que le même accident n’arrivât à tel autre coche auquel j’aurais remis ledit paquet, je me suis résolu de patienter encore un peu pour voir si je trouverais occasion de l’envoyer par quelque balle de marchandise moins sujette aux dangers des vols qui se font aujourd’hui sur les grands chemins. En effet, ce serait une perte irréparable que ces manuscrits de M. Hofmann se perdissent, étant des pièces excellentes et très bien digérées selon mon petit goût. Vous avez très bien deviné de ce qui devait arriver au sieur Champion, libraire : [18] il est mort de son engagement d’intestin, n’ayant voulu souffrir qu’on lui fît l’opération nécessaire, comme on la lui avait proposée. Le sieur Fourmy, [19] son gendre et associé, hérite de son fonds et continue l’impression du Varandæus ; [20] c’est aussi lui qui a en son pouvoir l’impression des Mémoires de M. de Tavannes, [21] pour laquelle il attend privilège avant que de la distribuer hardiment. [3] Vous m’avez fait plaisir de me mander l’état auquel vous avez vu M. Marion mon beau-frère, [22] l’ayant cru ci-devant plus mal que cela. Obligez-moi de lui donner une visite à votre commodité et lui prêcher la sobriété, contre les règles de laquelle il s’émancipe assez aisément, à son grand dommage et au déplaisir de tous ceux qui ont intérêt à sa conservation. [4] J’ai fait part à M. Garnier, mon collègue, de ce que vous m’avez mandé touchant M. Merlet, dont il vous remercie. Je m’assure que depuis m’avoir écrit vous aurez reçu le livret du sieur Bonav. Basset de la part de M. Falconet, [23] lequel nous certifie de vous l’avoir envoyé. Ce Basset est fils d’un contrepointier de cette ville, [5] homme qui s’estime l’un des plus savants du siècle et qui menace notre Collège [24] de le ruiner s’il peut, parce qu’il n’a pas trouvé son explication d’aphorisme [25] digne d’estime, comme il se figure qu’elle est par excellence. Nous allons avoir gros procès ensemble, ce qui nous obligera de députer quelqu’un de notre Collège à Paris pour soutenir notre droit contre ce fanfaron qui ne fut jamais qu’un ignorant. Peut-être qu’avec le temps vous pourrez l’y voir et le connaître de plus près. M. Guillemin, [26] notre collègue, a été mandé pour aller à Turin [27], y voir malade Madame Royale, [28] et partit pour cet effet de cette ville le 13e du courant. En prenant congé de moi, il me pria de vous présenter ses très humbles baisemains avec excuse de ne vous avoir point encore fait réponse. L’on me vient de dire que ledit sieur Guillemin, étant à mi-chemin, avait reçu nouvelle que la malade qu’il allait voir se portait mieux qu’elle n’avait fait, ce qui sera cause qu’il fera tant moins de séjour par delà. Je reçus il n’y a que six jours aujourd’hui une très funeste nouvelle d’Allemagne, du décès d’un frère cadet [29] que j’y avais, à Breslau [30] en Silésie, [31] où il s’était marié depuis 13 ans en çà[6] Il y est mort d’une pleurésie à ce que l’on me mande, [32] et je ne crois pas être mal fondé si je me figure que c’est faute d’avoir été suffisamment saigné car c’est le malheur ordinaire de ces pays septentrionaux, où l’on va à la ménagère lorsqu’il faut être prodigue de sang. [33] Cette nouvelle m’a tout mis en deuil et m’ôte même d’autres pensées qui eussent pu allonger cet entretien. Ce sera pour une autre fois, Dieu aidant. Cependant, je vous salue de tout mon cœur et demeure, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Spon.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Charles Spon, le 24 avril 1657

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(Consulté le 18.08.2019)