À Charles Spon, le 28 mars 1643
Note [10]

« Quiconque veut écrire l’histoire, l’écrire vraie, doit se garder de ce qui fut ta perte, grand Thou. La plume de ton père avait commis le crime d’offenser les éminents personnages de la famille Richelieu [v. note [2], lettre 961], ce qui t’a coûté la vie. Les monuments du père sont détruits par le sang du fils et en révélant un nom, ces écrits ont engendré un meurtre. La tyrannie s’impose aux esprits par tout le sang qu’elle fait couler. Si tu veux dire la vérité, apprends à souffrir la cruauté. » C’est « l’Épitaphe de M. [François] de Thou, [anonyme] qui courut de main en main bientôt après sa mort. On la trouve imprimée à la fin des Pièces ajoutées au Journal du cardinal de Richelieu [édition de Paris en 1665, in‑12o]. » Suit sa transcription en latin avec un 7e vers un peu différent (Tanti morte viri sic est sancita tyrannis [La mort d’un si grand homme sanctionne la tyrannie]) avec traduction plus libre en vers français :

« En transmettant l’histoire à nos derniers neveux,
Si l’on est dans les faits et sincère et fidèle,
Qu’on craigne d’éprouver l’infortune cruelle
Qu’on fit subir au fils d’un écrivain fameux.
C’est de François de Thou la triste destinée :
Au milieu de ses jours sa course fut bornée ;
Un ministre vengea son aïeul insulté
Dans un tableau tracé d’un pinceau véridique :
Oser sous un tyran dire la vérité,
C’est braver les horreurs du sort le plus tragique,
Le père est immortel par un ouvrage exquis,
Qui procura la mort à son illustre fils. »

(Gayot de Pitaval, Causes célèbres et intéressantes avec les jugements qui les ont décidées, Amsterdam, J.F Bassompierre, 1775, in‑8o, tome 8, pages 115‑116).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 28 mars 1643. Note 10

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(Consulté le 23.09.2019)

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