À Charles Spon, le 20 août 1649
Note [10]

V note [20], lettre 186, pour l’entrevue du coadjuteur avec la reine le 8 juillet précédent à Compiègne.

Mme de Motteville (Mémoires, page 290) :

« Le lendemain, {a} le coadjuteur à la tête du clergé vint saluer le roi et la reine. Il fit à Leurs Majestés une harangue qui, par sa brièveté, montrait assez qu’il était au désespoir d’être obligé de leur en faire <une>. Il parut interdit : son audace, sa hardiesse et la force de son esprit ne l’empêchèrent pas en cette occasion de sentir ce respect et cette crainte que la coutume et le devoir ont si fort imprimés dans nos âmes pour les personnes royales. La terreur que les remords donnent infailliblement à tous les coupables se fit voir sur son visage. Étant auprès de la reine, je remarquai qu’il devint pâle et que ses lèvres tremblèrent toujours tant qu’il parla devant le roi et elle. Le ministre était debout auprès de la chaise du roi, qui parut en cette rencontre avec un visage qui marquait sa victoire ; et sans doute qu’il sentit de la joie de voir son ennemi dans cette angoisse. Je remarquai que le coadjuteur, malgré cette grande frayeur qui l’avait saisi, eut la fierté de ne pas regarder le cardinal : il fit sa révérence au roi et à la reine sans jeter les yeux sur lui et s’en alla, bien fâché sans doute contre lui-même d’avoir donné des marques publiques du trouble de sa conscience. La reine en reçut de la joie ; ce tremblement honorait la fermeté de son courage qui avait résisté si constamment à tant d’obstacles. Et comme j’avais l’honneur d’être auprès d’elle quand le coadjuteur lui parla, aussitôt qu’il fut parti, elle me fit signe de l’œil et m’étant baissée pour l’écouter, elle me demanda si je n’avais pas bien vu au visage du harangueur combien l’innocence est une belle chose. Ensuite elle ajouta : “ Sa honte me fait plaisir et si j’avais de la vanité, je pourrais dire même qu’elle me donne de la gloire ; {b} mais il est sans {c} doute, me dit-elle, qu’elle doit être bien honorable à M. le Cardinal. ” » {d}


  1. 19 août 1649.

  2. Fierté.

  3. Hors de.

  4. Le coadjuteur n’a pas dit mot sur cette entrevue dans ses Mémoires.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 20 août 1649. Note 10

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(Consulté le 16.10.2019)

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