À André Falconet, le 20 mai 1661
Note [10]

« mais les traces du feu passé restent empreintes dans les veines ; et c’est pourquoi jusqu’ici il a besoin de purge douce, pour un bon équilibre des viscères, du demi-bain, de bouillon de veau, de lait d’ânesse, de petit-lait, de changement d’air et de lieu, selon le précepte de Galien (livre v, de la Méthode) qui envoyait ceux dont la nature versait dans le tabès [v. note [9], lettre 93] et étaient menacés de phtisie vers la montagne de Stabies, etc. »

Dans son traité De Methodo medendi [La Méthode pour remédier] (livre v, chapitre xii ; Kühn, volume 10, pages 361‑363), Galien rapporte le cas d’un malade atteint d’un ulcère qui creusait la paroi de la trachée artère (aspera arteria) ; les médecins prescrivaient remède après remède (traduit du grec) :

Sed nec horum quicquam eum momordit, et sensus doloris manifeste in collo erat ; quo loco etiam adeo irritabatur, ut tussire impelleretur ; suasimus itaque reniti quantum posset nec tussire. Quod et fecit eo certe facilius quod exiguum erat, quod proritabat, et nos omnibus modis operam dedimus ut ulcus ad cicatricem perveniret, foris medicamentum aliquod quod siccaret imponentes, tum cubanti supino humidum aliquod ex iis medicamentis quæ ad ejusmodi ulcus facerent exhibentes, ac jubentes id in ore continere, paulatimque permittere in asperam arteriam defluere. Sic igitur faciens sentire se manifeste ajebat adstringentis medicamenti circa ulcus vim, sive ea vis huc transmissa est, sive medicamentum ipsum roris specie in arteriam ad ulcus defluxit, et tanquam percolatum est. Erat autem nec æger ipse medicinæ imperitus, sed ex iis quidam qui ex usu et exercitatione empirice medicabantur. Ergo sentire se ajebat tum medicamentum in arteriam defluere, tum tussim quoque aliquando movere, obluctabatur tamen plurimum ac tussim cohibuit. Igitur ipse quoque sua sponte Romæ quidem, ubi correptus fuerat, triduum etiamnum post nonum diem est moratus ; post hoc conscenso navigio primum per flumen ad mare navigavit ; quarto die post navi pervenit ad Tabias, usuque est lacte, quod et mirificam plane vim habet.

[Mais aucun de ceux-là n’a eu prise sur lui, et la douleur siégeait manifestement dans le cou, où l’irritation était aussi telle qu’elle le poussait à tousser. Nous lui conseillâmes donc de se retenir de tousser, autant que cela lui était possible ; ce qu’il fit d’autant plus facilement qu’il était de faible corpulence. Comme il nous y invitait, nous mîmes tout en œuvre pour parvenir à cicatriser l’ulcère : en nous gardant d’appliquer tout médicament qui assécherait ; mais en lui faisant prendre, en position couchée sur le dos, un des remèdes humides qui convienne à ce genre d’ulcère, et en lui ordonnant de le garder dans la bouche pour lui permettre de s’écouler petit à petit dans la trachée. Ce faisant, il disait manifestement ressentir une vive action du médicament astringent au pourtour de l’ulcère : soit qu’elle s’y fût transmise ; soit que, comme une sorte de rosée, la potion elle-même se fût écoulé dans la trachée jusqu’à l’ulcère, et s’y fût comme distillé. Il se trouvait que ce malade n’était pas ignorant en médecine, mais de ceux qui se soignent empiriquement, par la pratique et l’expérience. Il disait donc sentir le médicament couler dans la trachée et éprouver aussi de temps en temps l’envie de tousser ; mais en se forçant, il parvenait à réprimer la toux. Ayant résidé trois jours à Rome, où le mal l’avait saisi, il décida d’y demeurer encore six jours ; ensuite, il s’embarqua sur un bateau, d’abord sur le fleuve, puis sur mer. Après quatre jours de navigation, il arriva à Tabies et y consomma du lait, dont il se trouva merveilleusement mieux]. {a}


  1. V. note [19], lettre 27, pour l’emploi du lait dans dans le traité de Galien sur le marasme.

Galien vante ensuite l’air sec et les pâturages salubres de cette contrée (qu’il situe explicitement en Italie). Le nom qu’il lui donne, confirmé dans l’édition de René Chartier (tome 10, page 122, paru en 1679) est néanmoins déroutant, tant en grec (Ταβιας, Tabias) qu’en latin (Tabiæ) : aucune des références qu’on a consultées ne recense ce toponyme ; en revanche, la transcription de la lettre de Patin (mons Stabianus) et la géographie (quatre jours de navigation depuis Rome, sur le Tibre puis sur la mer Tyrrhénienne) orientent bel et bien vers Stabies, ville de Campanie, voisine de Pompéi, au pied des pentes fertiles du Vésuve.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 20 mai 1661. Note 10

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(Consulté le 27.05.2020)

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