À Charles Spon, le 30 décembre 1650, note 14.
Note [14]

Assemblé les 29 et 30 décembre, le Parlement décidait unanimement de demander audience à la reine pour l’implorer de libérer les princes, avec vives opinions contre Mazarin et la duchesse d’Aiguillon, directement intéressés à ce qu’ils fussent maintenus en détention sans avoir jamais été jugés, et pour inciter Gaston d’Orléans à se déclarer ouvertement pour les magistrats parisiens, comme avaient fait le duc de Beaufort et le coadjuteur.

Journal de la Fronde (volume i, fo 343 ro et vo, 30 décembre 1650) :

« Hier, les chambres étant assemblées au Parlement pour continuer la délibération commencée avant les fêtes, la plupart des avis allèrent à faire des remontrances sur les chefs mentionnés aux précédentes assemblées. M. Le Clert fut d’avis d’ordonner que Messieurs les Gens du roi rendraient dans trois jours leurs conclusions touchant l’emprisonnement de Messieurs les princes, s’ils ont quelque chose à dire qui les rende coupables. M. de Machau parla de la violence de leur détention, disant qu’elle avait été faite par leurs ennemis et leur ennemie, Mme d’Aiguillon, et M. le cardinal dans une place qui a été fortifiée et cimentée par le sang et la substance du peuple, qui causera à toute la France des larmes de sang si la justice n’en prévient les effets ; que la condition de Messieurs les princes serait bien malheureuse s’il n’y avait de justice que pour servir aux passions d’un favori et non pour les absoudre s’ils sont innocents ; que depuis un an qu’ils sont détenus prisonniers, il n’a paru aucune accusation contre eux, < ce > qui est une marque infaillible du dessein qu’on a de ruiner l’État et de vouloir se défaire des princes qui ont donné tant de marques de fidélité au service du roi ; et conclu aux remontrances. M. Godart s’étendit à faire voir le mauvais gouvernement du cardinal Mazarin, l’accusant d’avoir laissé perdre la Catalogne et laisser entrer les ennemis en France ; son extrême ambition ; l’enlèvement des finances du roi et de l’argent qui avait été destiné pour le payement des rentes, pour entretenir dans l’armée deux cents couverts à sa table, en un temps auquel le roi n’a pas de quoi fournir celles de sa Maison. Un autre dit qu’on accusait M. le Prince d’avoir voulu acheter des places et que, cependant, {a} on savait bien que le cardinal était allé en Champagne pour acheter Charleville des deniers destinés pour le payement de l’armée. M. Le Boults {b} fit remarquer que Le Havre, où sont Messieurs les princes, était à Mme d’Aiguillon, aussi bien que < M. > de Bar, qui les gardait, < est > à M. le cardinal ; qu’on savait bien que M. le Prince avait procès avec Mme d’Aiguillon et qu’il était inouï qu’on mît des prisonniers entre les mains de leurs parties. Sur cela, l’assemblée fut remise à aujourd’hui où après que quelques-uns ont opiné conformément aux avis précédents, M. de Beaufort a conclu à faire des remontrances sur la liberté de Messieurs les princes, sur le mauvais gouvernement et les désordres causés par le cardinal Mazarin, et de supplier M. le duc d’Orléans de joindre son autorité aux remontrances du Parlement ; et sur la réponse que la reine ferait, le Parlement s’assemblerait pour résoudre ce qu’il y aurait à faire. »


  1. Pendant ce temps.

  2. V. note [3], lettre 310.

On rivalisa d’éloquence et de références à l’Antiquité pour dénoncer l’incompétence et la malhonnêteté de Mazarin, et l’injuste acharnement du gouvernement contre les Condé. Le premier président conclut à (ibid. fo 344 ro) :

« faire des remontrances au roi et à la reine de vive voix sur la liberté de Messieurs les princes, et de députer vers M. le duc d’Orléans pour le supplier de joindre son autorité aux remontrances du Parlement, et aussi sur la sûreté de Mme de Longueville pour pouvoir demeurer dans Paris ; et que sur réponse que la reine ferait, le Parlement s’assemblerait pour voir ce qu’il y aurait à faire. Cet avis a été suivi de toute la Compagnie et l’on a envoyé cette après-dînée Messieurs les Gens du roi pour savoir quand on pourrait avoir audience. »

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 30 décembre 1650, note 14.

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(Consulté le 16/04/2024)

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