À Charles Spon, le 30 août 1655
Note [17]

V. note [10], lettre 402, pour la dédicace louangeuse de Claude Tardy à François Guénault dans son Traité du mouvement circulaire du sang et des esprits… (Paris, 1654). Sa Préface est aussi assez extravagante :

« Saint Augustin dit que ce n’est pas une arrogance que de chercher ou de dire la vérité, je l’ai cherchée dès l’âge de 15 ans dans les écrits du grand Hippocrate et d’Aristote, aussi bien que dans le sein de la Nature, par une inclination naturelle et curieuse de savoir toute chose. Je l’ai découverte et fait voir en plusieurs sujets excellents, par un travail opiniâtre et continuel de 30 ans dans Paris, aux lieux publics et à la vue de tous. Je n’ai pu vivre content de l’honneur d’être docteur en médecine si ce n’était dans l’Université de Paris qui seule est capable de rendre l’honneur à la vertu, comme elle en est le séjour. J’y voulus paraître et y soutenir la vérité, proposant en public une partie de mes remarques en trois thèses principales et quodlibétaires toutes remplies et tissues de principes admirables et secrets du divin Hippocrate, c’est-à-dire de la Nature. {a} Mais quoi ! l’envie joua son jeu, quelques-uns me firent passer pour un arrogant insupportable, et d’autres pour un ridicule d’avancer des principes et des propositions qu’ils croyaient sans fondement, venues de mon caprice ; et en un mot, elles furent bien reçues de peu de personnes. La honte que j’en eus, jointe à la connaissance de mes propres forces, me fit entrer dans une indignation très juste. C’est pourquoi, pour venger cette injure faite à la Vérité, je mis la main à la plume […].

L’année 1646, […] j’enseignai publiquement en nos Écoles mes commentaires sur le livre qu’Hippocrate a fait des maladies des filles, où je fis voir que tous ses raisonnements prouvent la circulation du sang ou la supposent pour principe et pour fondement, et ont été mis au jour en l’année 1648. Or dès l’année 1642, j’avais jeté les fondements de cette doctrine et démontré par la première thèse que je soutins, n’étant encore que bachelier, que la circulation des cieux et du soleil engendre toutes choses et les fait être, agir et mouvoir en circuits. Ce mouvement produit tous les autres, il leur sert de borne et de règle ; étant seul égal, exempt de limites, toujours en son commencement aussi bien qu’en sa fin, il est seul capable de durer éternellement et de donner l’être à sa mode avec vicissitude à toute chose, comme toutes choses l’imitent et le représentent en ce qu’elles peuvent. {b}

[…] Enfin, la malice, qui n’a pu condamner ma pratique ni mes écrits, s’efforce de m’en ôter l’honneur : quelques-uns étendent ce que j’ai mis en peu de mots à l’imitation d’Hippocrate, d’autres en grossissent leurs livres et se sont adressés principalement à mes remarques anatomiques dont mes écrits sont tous remplis. On n’a pas omis ce que j’ai divulgué de vive voix, enseignant publiquement en présence des plus habiles anatomistes en qualité de professeur en chirurgie depuis l’année 1645 jusqu’à 1650. Mais ce qui est de plus évident et de plus grande importance regarde la circulation du sang et la distribution de l’artère carotide, que j’ai tant de fois démontrée publiquement avant que de la faire imprimer, et cette découverte a contraint à se dédire tout à fait et publiquement ceux qui m’en veulent ôter l’honneur, parce que cette distribution déclare le passage de la circulation du sang qu’ils voudraient bien s’approprier, bien que je l’aie publiquement soutenue le premier en thèse dans les Écoles de Médecine dès l’année 1642, et l’ai depuis toujours employée dans mes écrits […].

Une chose si publique n’a pas empêché qu’on n’y ait mis la main sans me nommer et qu’on ne s’approprie l’honneur qui m’appartient d’avoir appliqué le premier le mouvement circulaire à la pratique ; mais il ne me sera pas malaisé de faire voir par la suite de ce traité que toute cette doctrine vient d’un même génie, se trouvant appuyée sur de mêmes principes […]. »


  1. La première thèse quodlibétaire de Claude Tardy disputée sous la présidence de Georges Joudouin portait sur la question Estne decimestris partus perfectissimus ? [L’accouchement à dix mois n’est-il pas le plus parfait ?] (conclusion affirmative), le 20 novembre 1642.

    Ses deux autres thèses avaient été :

  2. Le 4 décembre 1642, sous la présidence de Hugues Chasles, Simon Boullot avait conclu négativement sa quodlibétaire sur la question An motus sanguis circularis ? [Le mouvement du sang est-il circulaire ?].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 30 août 1655. Note 17

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(Consulté le 02.12.2022)

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