À Charles Spon, le 8 juin 1657
Note [19]

Charles de Barbezières, chevalier de Chémeraud (ou Chémerault) s’était d’abord destiné à l’ordre de Malte, ce qui lui valut d’être appelé un certain temps M. le chevalier ; puis il épousa Madeleine, fille du richissime partisan Martin Tabouret, qui était le fils d’un fripier. Le mariage, fort lucratif pour le fiancé (600 000 livres), avait eu lieu en février 1648 ; il avait été arrangé par Michel i Particelli d’Émery, qui était l’amant de Mme de La Bazinière (v. note [6], lettre 519), née Francoise de Barbezière, sœur de Charles ; ce dernier et son épouse avaient profondément pâti de la disgrâce de Particelli en 1648. Devenu officier du prince de Condé, en 1657, à la tête d’une petite troupe de coureurs, Chémeraud partit des Pays-Bas espagnols, poussa jusqu’à proximité de Paris et enleva dans Bagnolet le riche partisan Pierre Girardin. Il emmena l’otage aux Pays-Bas où il fut mis dans la citadelle d’Anvers. L’objet de l’opération était de tirer de Giradin la rançon de cinq ou six officiers de Condé, prisonniers de la cour ; mais Girardin mourut avant d’avoir versé sa propre rançon et quelque temps plus tard, Chémeraud se fit prendre au cours d’une escarmouche sur la frontière. Il fut mené à la Bastille. L’opinion ne semblait pas disposée à prendre la chose au tragique, et Loret écrivait :

« Il faut toutefois qu’il espère,
Notre siècle n’est pas sévère ;
Peu de gens sont poussés à bout,
Le temps enfin adoucit tout. »

Ce n’était qu’une illusion : le procès de Chémeraud fut fait et le 5 octobre suivant, il fut décapité en place de Grève. La Gazette du 6 octobre, en annonçant la nouvelle, crut bon d’ajouter que cette exécution fut faite « avec applaudissement de nos bourgeois de voir punir l’infracteur de la sûreté publique ».

Jusqu’à la fin, Chémeraud s’était démené pour échapper au châtiment. Il fut convaincu « d’avoir, depuis qu’il était prisonnier au château de la Bastille, fait diverses pratiques et menées, placards et autres écrits tendant à exciter sédition en cette ville et troubler le repos public ». Le prince de Condé avait en vain multiplié les démarches pour sauver la vie à « ce pauvre garçon ». Il s’indigna qu’on eût « coupé le col à un officier pris à côté de lui les armes à la main » (Aumale, Histoire des princes de Condé, tome vi, pages 379, note 2) (Adam).

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 juin 1657. Note 19

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0484&cln=19

(Consulté le 13.07.2020)

Licence Creative Commons