À André Falconet, le 5 février 1666, note 2.
Note [2]

« Ceux qui furent nos ancêtres, tri et quadrisaïeux, mangeaient, il est vrai, des oignons et de l’ail, mais vivaient dans de bonnes dispositions de l’âme ».

Philippe iii le Hardi (1245-1285) succéda à son père, Louis ix (saint Louis, roi de France de 1226 à 1270). Les dernières recommandations que Louis ix lui fit se trouvent dans les Mémoires du sire de Joinville ou Histoire de saint Louis :

« Quand il fut à Tunis devant le château de Carthage, une maladie de flux de ventre le prit ; et pareillement à M. Philippe son fils aîné prit ladite maladie avec les fièvres quartes. Le bon roi s’y coucha au lit et connut bien qu’il devait décéder de ce monde en l’autre. Lors appela-t-il Messeigneurs ses enfants. Et quand ils furent devant lui, il adressa sa parole à son aîné fils, et lui donna des enseignements qu’il lui commanda garder comme par testament et comme son hoir {a} principal. Lesquels enseignements j’ai ouï dire que le bon roi même les écrivit de sa propre main, et sont tels : “ Beau fils, la première chose que je t’enseigne et commande à garder, si est que, de tout ton cœur et sur toute rien, {b} tu aimes Dieu, car sans ce, nul homme ne peut être sauvé. Et te garde bien de faire chose qui lui déplaise, c’est à savoir péché. Car tu devrais plutôt désirer à souffrir toutes manières de tourments que de pécher mortellement. Si Dieu t’envoie adversité, reçois-la bénignement et lui en rends grâce ; et pense que tu l’as bien desservi et que tout te tournera à ton preu. {c} S’il te donne prospérité, si {d} l’en remercie très humblement et garde que pour ce tu n’en sois pas pire par orgueil, ni autrement. Car l’on ne doit pas guerroyer Dieu de ses dons qu’il nous fait. Confesse-toi souvent, et élis confesseur idoine qui prud’homme {e} soit et qui te puisse durement enseigner à faire les choses qui sont nécessaires pour le salut de ton âme, et aussi les choses dont tu te dois garder ; et que tu sois tel que tes confesseurs, tes parents et familiers te puissent hardiment reprendre de ton mal que tu auras fait, et aussi à t’enseigner tes faits. Écoute le service de Dieu et de notre mère Sainte Église dévotement, de cœur et de bouche ; et par espécial à la messe, depuis que la consécration du corps Notre Seigneur sera, sans bourder {f} ni truffer {g} avec autrui. Aie le cœur doux et piteux aux pauvres, et les conforte et aide en ce que pourras. Maintiens les bonnes coutumes de ton royaume, et abaisse et corrige les mauvaises. Garde-toi de trop grande convoitise, ni ne boute pas sus trop grandes tailles ni subsides à ton peuple, si ce n’est par trop grande nécessité, pour ton royaume défendre. Si tu as en ton cœur aucun {h} malaise, dis-le incontinent à ton confesseur ou à aucune bonne personne qui ne soit pas pleine de vilaines paroles. Et ainsi, légèrement tu pourras porter ton mal par le réconfort qu’il te donnera. Prends-toi bien garde que tu aies en ta compagnie prudes gens et loyaux, qui ne soient point pleins de convoitise, soient gens d’Église, de religion, séculiers ou autres. Fuis la compagnie des mauvais, et t’efforce d’écouter les paroles de Dieu et les retiens en ton cœur. Pourchasse {i} continuellement prières, oraisons et pardons. Aime ton honneur. Garde-toi de souffrir autrui qui soit si hardi de dire devant toi aucune parole qui soit commencement d’émouvoir nully {j} a péché, ni qui médise d’autrui derrière ou devant, par détraction. Ni ne souffre aucune vilaine chose dire de Dieu, de sa digne mère, ni de saint ou sainte. Souvent regrâcie Dieu {k} des biens et de la prospérité qu’il te donnera. Aussi fais droiture et justice à chacun, tant au pauvre comme au riche. Et à tes serviteurs, sois loyal, libéral et raide {l} de parole, ad {m} ce qu’ils te craignent et aiment comme leur maître. Et si aucune controversité ou action se meut, enquiers-toi jusqu’à la vérité, soit tant pour toi que contre toi. Si tu es averti d’avoir aucune chose de l’autrui qui soit certaine, soit par toi ou par tes prédécesseurs, fais-la rendre incontinent. Regarde o toute diligence {n} comment les gens et sujets vivent en paix et en droiture dessous toi, par espécial aux bonnes villes et cités, et ailleurs. Maintiens les franchises et libertés auxquelles tes anciens les ont maintenues et gardées, et les tiens en faveur et amour. Car, par la richesse et puissance de tes bonnes villes, tes ennemis et adversaires douteront de t’assaillir, et de méprendre envers toi, par espécial tes pareils et tes barons, et autres semblables. Aime et honore toutes gens d’Église et de religion, et garde bien qu’on ne tollisse {o} leurs revenus, dons et aumônes, que tes anciens et devanciers leur ont laissés et donnés. On raconte du roi Philippe, {p} mon aïeul, qu’une fois l’un de ses conseillers lui dit que les gens d’Église lui faisaient perdre et amenuiser les droits et libertés, mêmement ses justices ; et que c’était grande merveille comment il le souffrait ainsi. Et le roi mon aïeul lui répondit qu’il le croyait bien, mais que Dieu lui avait tant fait de biens et de gratuités qu’il aimait mieux laisser aller son bien que d’avoir débats ni contens aux {q} gens de Sainte Église. À ton père et à ta mère porte honneur et révérence, et garde de les courroucer par désobéissance de leurs bons commandements. Donne les bénéfices qui t’appartiendront à bonnes personnes et de nette vie : si le fais par le conseil de prudes gens et sages. Garde-toi d’émouvoir guerre contre homme chrétien sans grand conseil, et qu’autrement tu n’y puisses obvier. Et si aucune guerre y a, si garde {r} les gens d’Église et ceux qui en rien ne t’auront méfait. Si guerre et débat y a entre tes sujets, apaise-les au plus tôt que tu pourras. Prends garde souvent à tes baillis, prévôts et autres tes officiers, et t’enquiers de leur gouvernement afin que si chose y a en eux à reprendre, que tu le fasses. Et garde que quelque vilain péché ne règne en ton royaume, mêmement blasphème ni hérésie ; et si aucun en y a, fais-le tollir {s} et ôter. Et garde-toi bien que tu fasses en ta maison dépense raisonnable et de mesure. Et te supplie, mon enfant, qu’en ma fin tu aies de moi souvenance, et de ma pauvre âme, et me secoures par messes, oraisons, prières, aumônes et bienfaits, par tout ton royaume. Et me octroie part et portion en tous tes bienfaits que tu feras. Et je te donne toute bénédiction que jamais père puisse donner à enfant, priant à toute la Trinité de paradis, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qu’il te garde et défende de tous maux, par espécial de mourir en péché mortel ; ad ce que nous puissions une fois, après cette mortelle vie, être devant Dieu ensemble à lui rendre grâces et louanges sans fin en son Royaume de paradis. Amen. ” »


  1. Héritage.

  2. Plus que tout.

  3. Profit.

  4. Alors.

  5. Loyal, honnête (v. note [12], lettre 384).

  6. Dire des sornettes.

  7. Dire des paroles inutiles.

  8. Quelque.

  9. Recherche avec ardeur.

  10. Quiconque.

  11. Rends grâces à Dieu.

  12. Ferme.

  13. Jusqu’à.

  14. Veille avec toute diligence à voir.

  15. Prenne.

  16. Philippe-Auguste.

  17. Ni procès avec.

  18. Alors épargne.

  19. Arracher.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 5 février 1666, note 2.

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(Consulté le 20/04/2024)

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