À André Falconet, le 27 mai 1659
Note [20]

John Duns Scot (Maxton, Écosse 1266-Cologne 1308), appartenant à l’Ordre des franciscains, enseigna la théologie et la philosophie à Oxford, Cambridge, Paris, puis Cologne. À partir d’une étude approfondie des œuvres de Platon, d’Aristote, d’Averroès, d’Avicenne, de saint Thomas et de saint Augustin, il fonda un système philosophique et théologique original, opposé au thomisme alors dominant : le chrétien ne va pas à sa fin selon un processus nécessaire et sa liberté est l’ombre de celle de Dieu ; la volonté comme faculté de béatitude est le principe d’une morale de la liberté et d’une politique contractuelle ; les hommes naissent libres, le péché leur est racheté ; les lois n’ont qu’un caractère relatif pour nommer des instincts que le péché prive de toute harmonie (G.D.E.L.).

Plus enclin à se moquer des moines qu’à méditer sur les idées du Doctor subtilis [Docteur subtil], Guy Patin colportait ici les bruits sinistres qui ont couru sur les causes de sa mort, dont, entre autres, a parlé Paul Jove (v. note [2], lettre 533) : son tombeau ayant été ouvert quelque temps après l’enterrement, on trouva le corps dans une autre position que celle où il avait été placé, ce qui mena à supposer qu’on eût pu l’enterrer vivant ; la circonstance donna lieu à cette épitaphe, Quod nulli ante hominum accidit, viator,/ Hic, Scotus, iaceo, semel sepultus/ Et bis mortuus : omnibus sophistis/ Argutus mayis atque captiosus [Considère, voyageur, ce qui n’est encore arrivé à aucun homme. Ci-gît Scot, mort deux fois, bien qu’on ne l’ait enterré qu’une seule. De tous les sophistes, il fut le plus subtil et le plus captieux dialecticien].

Les œuvres philosophiques de Duns Scot avaient été publiées du temps de Patin sous le titre d’Opera omnia, collecta, recognita, notis, scholiis et commentariis illustrata a PP. Hibernis Collegii Romani S. Isidori professoribus [Œuvres complètes colligées, réunies, et enrichies de notes, d’observations et de commentaires par les pères irlandais professeurs du Collège romain de Saint-Isidore] (Lyon, Durand, 1639, 12 tomes en 13 volumes in‑fo). L’édition en cours dont parlait Patin est intitulée Commentarii theologici quibus Io. Duns Scoti quæstiones in libros Sententiarum elucidantur et illustrantur, authore R. P. F. Ioanne Poncio… [Commentaires théologiques expliquant et commentant les questions de John Duns Scot sur les livres des sentences, par le R.P. franciscain Iohannes Poncius…] (Paris, Sébastien Cramoisy, 1661, 4 volumes in‑fo).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 27 mai 1659. Note 20

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(Consulté le 16.05.2021)

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