Autres écrits : Leçons de Guy Patin au Collège de France (1) : sur le Laudanum et l’opium
Note [21]

« L’emploi de tous les médicaments composés d’opium, de jusquiame et de mandragore fait endurer aux corps des êtres vivants ce qui ressemble à une mortification, et, chez un grand nombre de ceux qui reçoivent continuellement de tels médicaments, les petites parties du corps se refroidissent irrémédiablement. »

Guy Patin citait un passage du livre viii, chapitre iii, paragraphe Ad volvulosas stomachi subversiones pastillus Amazonum. Facit ad inflatos, ardorem stomachi et vomentes cibum. Facit et ad internos affectus [Le trochisque des Amazones contre les volvulus de l’estomac. Il agit sur les distensions, l’ardeur d’estomac et les vomissements ; il agit aussi sur les affections internes (ce trochisque, ou mélange sec et compacté de plusieurs médicaments réduits en poudre, est composé de semences d’ache, d’anis, de sommités d’absinthe, de myrrhe, de poivre, d’opium, de castoréum et de cannelle)] (Kühn, tome xiii, page 157, traduit du grec) :

Si namque refrigerentia plura apparuerint, sensum affectorum magis obtundit et quantum caloris in ipsa particula fuerit etiam hunc extinguit, ubi vero calefacientia fuerint aucta, minus quidem efficiet ipsum medicamentum, innocentius autem redderetur. Nosse enim oportet corpora viventium mortificationi simile quippiam perpeti ab omnium ex opio et hyoscyamo et mandragora compositorum medicamentorum usu, nimirum causis dolorem infligentibus insensibilibus factis, et multi sane, qui assidue talia accipiunt, ad immedicabilem frigiditatem partes perducunt.

[De fait, si plusieurs réfrigérants ont été prescrits, il {a} étourdit puissamment les sens des patients et éteint chez eux tout ce qu’il a pu exister de chaleur dans la partie atteinte ; mais quand des échauffants ont été ajoutés, le remède perd certes en efficacité, mais gagne en bénignité. Vous devez en effet savoir que l’emploi de tous les médicaments composés d’opium, de jusquiame {b} et de mandragore {c} fait endurer aux corps des êtres vivants ce qui ressemble à une mortification, car ils rendent insensibles les causes qui provoquent la douleur ; et chez un très grand nombre de ceux qui reçoivent continuellement de tels médicaments, les parties du corps refroidissent irrémédiablement].


  1. L’opium.

  2. Jusquiame : « autrement nommée de la hannebane, ou mort aux poules, cette herbe est fort branchue et pousse de grosses tiges, des feuilles larges, longues, <dé>chiquetées, noires et velues. Ses fleurs sortent arrangées d’un côté seulement de la tige et sont semblables à des fleurs de grenadier, et environnées de petits écussons pleins d’une graine semblable à celle du pavot. Il y a trois espèces de jusquiame. La première porte une graine noire et des fleurs rougeâtres, ayant les feuilles semblables au liset, et ses fleurs, ou vases, fort dures et piquantes. La seconde porte une graine roussâtre comme celle d’erysimum ; ses fleurs sont jaunes, et ses feuilles et gousses sont plus simples. La troisième a des fleurs et de la graine blanche, et est grasse, bourrue et tendre. Celle qui a la graine noire est du tout [totalement] réprouvée en médecine, parce qu’elle est très dommageable. Les Latins l’ont appelée altercum, ou herba apollinaris. C’est un poison aux oiseaux et surtout aux poules, et même les poissons qui ont mangé de cette graine ne vivent guère. Les Grecs l’appellent hyoscyamus, c’est-à-dire faba suilla, ou fève de pourceau, parce que, comme dit Élien, les sangliers qui en ont mangé tombent en paralysie et spasme. Ils ne se guérissent qu’en mangeant des écrevisses. Les apothicaires l’appellent jusquiame. Cette herbe cause une aliénation d’esprit pareille à celle des gens ivres, et fait que les malades se détordent leurs membres avec des grands tremblements et braient comme des ânes, ou hennissent comme des chevaux. Avicenne écrit qu’un des symptômes qu’elle cause, c’est que le malade croit qu’on le fouette par tout le corps, bégayant, brayant et hennissant comme un âne et un cheval. Les pistaches sont son contrepoison » (Furetière).

  3. V. note [85], lettre latine 351.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Leçons de Guy Patin au Collège de France (1) : sur le Laudanum et l’opium. Note 21

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(Consulté le 20.09.2019)

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