À Charles Spon, le 5 juillet 1652
Note [23]

En fait de paix, les deux partis cherchaient à gagner du temps pour accroître leurs forces et se mettre en état négocier à leur avantage.

Le Journal de la Fronde (volume ii, fos104 ro, Paris, 2 juillet 1652) a décrit l’optimisme de la cour :

« Leurs Majestés étant arrivés, le 28 du passé, à Saint-Denis avec le cardinal Mazarin, y logèrent dans l’abbaye ; et y sont encore avec toute la cour, s’étant approchés {a} jusque là sur la division qui est dans les esprits des Parisiens pour tâcher de faire pencher la balance du côté de ceux qui demandent la paix sans condition ; lesquels sont la plupart des pauvres artisans qui ont grand’peine de vivre dans une conjoncture si malheureuse et sont en partie gagés pour faire les cris dans toutes les assemblées qui se font. Quant aux bons bourgeois, il y en a peu qui ne veulent l’exclusion du cardinal Mazarin, mais la cour travaille fort à gagner les six corps des marchands, dont ceux qui le sont déjà publient qu’il vaut mieux avoir la paix avec le Mazarin que de demeurer davantage en guerre, quoique les plus sensés avouent qu’il est fort difficile de demeurer en paix tant que le Mazarin demeurera. Cette division tient encore les affaires en balance et l’espérance que le cardinal Mazarin a eu d’y trouver ses avantages l’a obligé à faire rompre la négociation qui se faisait pour la paix, ayant seulement amusé S.A.R. et M. le Prince par des beaux semblants de la vouloir faire, en attendant la jonction du maréchal de Senneterre qui a grossi l’armée de la cour jusqu’à vingt mille hommes en tout. Il est vrai que le bruit est fort grand que M. le Prince étant menacé de voir le cardinal de Retz dans le ministère, s’était disposé à consentir que le cardinal Mazarin se retirât à Sedan pour trois mois seulement, et qu’il revînt après, aimant mieux qu’il demeurât dans le ministère que d’y voir son plus grand ennemi ; {b} mais que M. le Prince a toujours déclaré à S.A.R. qu’il ne ferait rien contre sa volonté et qu’il ne s’y était disposé qu’en cas qu’elle s’y voulût résoudre. Aussitôt qu’elle {c} lui a déclaré qu’elle aimait mieux périr que de souffrir jamais le Mazarin, il {d} est rentré dans tous ses sentiments, comme il est dans ses intérêts, ne voulant pas se désunir d’avec elle. Cependant, les Espagnols ayant su la grande disposition qu’il y avait à faire la paix, ont levé le blocus de Dunkerque et assemblent toutes les troupes qu’ils ont en Flandre pour les envoyer au secours de Messieurs les princes, dont le comte de Fuelsendagne les a envoyé avertir par un courrier exprès qui arriva hier ici ; {e} lequel assura que ce comte doit pour cet effet passer demain la Somme avec dix mille chevaux ; et en même temps, le duc de Lorraine a mandé à S.A.R. qu’il était prêt de revenir pour son service, mais qu’il ne voulait point avoir affaire du tout à M. le Prince, duquel il se plaint de ne lui avoir pas tenu parole, n’ayant pas voulu mettre Clermont en dépôt entre les mains de S.A.R. ; laquelle n’a pas témoigné faire beaucoup d’état de cette proposition, d’autant plus que les otages de ce duc sont encore à la cour, et ceux de la cour auprès de lui. Il était encore, le 28 du passé, {f} vers Sainte-Menehould en Champagne {g} où le comte de Quinçay, l’un des otages de la cour, a fort harangué les habitants pour les obliger à recevoir pour gouverneur le sieur de Sainte-Maure, au lieu du marquis de La Force, qui est dans les intérêts de Messieurs les princes ; mais il n’y a encore rien gagné. »


  1. Accordés.

  2. Retz.

  3. Son Altesse Royale (S.A.R.), Gaston d’Orléans.

  4. Condé.

  5. 1er juillet 1652.

  6. Juin.

  7. V. note [60], lettre 297.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 5 juillet 1652. Note 23

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(Consulté le 24.11.2020)

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