À Charles Spon, le 20 mars 1649
Note [26]

L’expédition du duc de Longueville en Normandie avait été semée de rebondissements.

  • Journal de la Fronde (volume i, fo 19 vo‑20 ro, Paris, 19 janvier 1649) :

    « Le parlement de Rouen a envoyé des députés à Saint-Germain pour offrir ses services au roi et à la cour ; et les officiers de la généralité de cette ville-là y ont envoyé tous les deniers publics qui étaient entre les mains des fermiers et comptables, qu’on dit se monter à 400 mille écus. L’ancien semestre {a} y a consenti à cause d’une déclaration du roi qu’on lui a envoyée portant révocation du nouveau semestre. M. du Plessis Bançon, {b} qui a négocié cette affaire auprès des anciens présidents et conseillers, a en même temps gagné le fils {c} du marquis de Beuvron, gouverneur du Vieux Palais, {d} en lui en promettant la survivance, de sorte que ce jeune marquis a laissé entrer M. de Saint-Luc {e} avec quantité de soldats dans ledit Palais où il tient pour le parti Mazarin ; sur cela le gouvernement de Normandie, qui avait été refusé par M. le duc de Mercœur, {f} a été donné à M. le comte d’Harcourt qui partit le 18 de Saint-Germain pour en aller prendre possession, et promettre à cette province de grands avantages de la part de la reine et de sa cour. Cette nouvelle ayant été sue ici, M. le duc de Longueville partit la nuit du 18 au 19 pour aller assurer cette province-là dans le parti du Parlement {g} et fut escorté par 400 chevaux jusqu’à 7 ou 8 lieues d’ici, d’où il poursuivit son chemin avec 50 chevaux seulement et s’en alla droit à Dieppe où il doit faire des levées {h} pour aller à Rouen y faire déclarer la ville entièrement <en sa faveur> ; et M. de Matignon y travaille déjà puissamment, de sorte qu’on croit qu’en peu de jours toute la Normandie sera déclarée pour ce duc. Pour ce qui est du comte d’Harcourt, lorsqu’il se présenta pour entrer dans Rouen, le peuple y fit grand bruit et prit les armes, et le parlement députa deux conseillers pour le prier de n’entrer point jusqu’à ce qu’on aurait délibéré si l’on le devait recevoir ; de sorte qu’il fut obligé de coucher hors la ville dans la Chartreuse. Le lendemain, le parlement s’y étant assemblé, il y eut quantité de peuple qui fit grand bruit dans le Palais, menaçant le premier président et ceux qui seraient pour le parti Mazarin de les tuer ; enfin, il y eut arrêt portant que M. le comte d’Harcourt serait prié de se retirer, et le premier président étant sorti dans la salle du Palais pour dire ce qui avait été ordonné, le peuple qui s’y était ramassé fit quantité de cris de Vive le roi ! »


    1. Le second semestre de 1648.

    2. Bernard du Plessis-Besançon (1600-1670), gouverneur d’Auxone.

    3. François d’Harcourt, marquis d’Hectot.

    4. De Rouen.

    5. François d’Épinay, marquis de Saint-Luc, oncle maternel d’Hectot, envoyé par la reine.

    6. V. note [35], lettre 176.

    7. Le Parlement de Paris.

    8. Levées de troupes.

  • Mme de Motteville (Mémoires, pages 240‑241) :

    « Le comte d’Harcourt {a} fut contraint de se retirer avec le chagrin de n’avoir pas réussi dans son dessein. Il disait pour sa justification qu’il était allé en Normandie sans troupes et sans argent ; et que n’ayant point de quoi se faire autoriser, il n’osa se hasarder à recevoir un affront, ce qui n’est pas une faible excuse puisqu’en effet rien ne se fait sans finances et sans forces, ces deux choses ayant été de tout temps les nerfs de la guerre. Il se retira donc au Pont-de-l’Arche {b} et delà il fut quelque temps à Écouis {c} avec peu de troupes et beaucoup de courage, résolu de s’opposer aux entreprises du duc de Longueville s’il eût voulu incommoder le roi dans sa demeure de Saint-Germain. Les Normands et leur gouverneur se contentèrent de se tenir en repos, sans troubler ni eux, ni le roi. Le duc de Longueville voulut seulement chasser Saint-Luc du Vieux Palais, qu’il ne croyait pas devoir approuver que son neveu {d} servît contre le roi, ce qu’il fit ; et Saint-Luc partit avec assez de regret d’avoir mal réussi dans sa négociation. Le duc de Longueville, sachant que le marquis de Beuvron, qu’il avait amené avec lui comme son ancien ami, ne lui ferait point de mal, quoique son fils {d} eût promis le contraire, les laissa tous deux au Vieux Palais et s’en alla à Caen donner ordre à la conservation des autres places. Il crut avec raison que le père et le fils, ne faisant pas grand cas de la fidélité qu’ils devaient au roi, ni même de ce qu’ils lui devaient à lui-même, seraient néanmoins plus volontiers du côté le plus commode pour eux et qu’ainsi, ils demeureraient dans ses intérêts. »


    1. N’étant pas parvenu à obtenir le soutien du parlement de Rouen.

    2. Sur la Seine, à 19 kilomètres au sud de Rouen.

    3. À 32 kilomètres au sud-est de Rouen.

    4. Le marquis d’Hectot.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 20 mars 1649. Note 26

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(Consulté le 03.12.2020)

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