À Charles Spon, le 3 mars 1656
Note [27]

Charles-Claude de Beaumont, sieur de Saint-Étienne, gouverneur de Linchamps et de Château-Regnault, avait eu les premières faveurs de Ninon de Lenclos.

Vallier (Journal, tome iv, pages 379‑380, décembre 1653) en a dressé un portrait moral et politique peu engageant :

« Le sieur de Saint-Étienne, ci-devant gouverneur de Linchamps et de Château-Regnault, {a} avait assez fait paraître ses mauvaises intentions et le dérèglement de son esprit dans toute sa conduite passée ; en sorte que le roi avait conseillé de le sortir adroitement de ces deux petites places, de crainte qu’il n’en abusât, pendant la prison de M. le Prince. Mais, en ayant été tiré, {b} comme j’ai remarqué, il fallut rétablir ce dangereux homme (fils d’une sœur du défunt Père Joseph Leclerc, et du sieur du Tremblay) {c} dans ces deux gouvernements ; où ayant reporté le même esprit d’intrigue et de faction, Sa Majesté fut encore obligée, lorsque le prince eut levé les armes contre son service, de le déposséder de Château-Regnault et d’en pourvoir le sieur de La Perrière, qui déjà y commandait en qualité de son lieutenant ; si bien que ne lui restant plus que Linchamps, qui est un petit château situé sur la pointe d’un rocher inaccessible le long du Semoy en Ardenne, il se résolut de le mettre entre les mains du prince, moyennant une bonne somme d’argent, qui lui fut fournie dans Bruxelles, et S.A. {d} d’y envoyer aussitôt une autre personne qui lui fût plus assurée et plus capable de faire des courses au delà de la Meuse durant tout cet hiver, tandis que de Rocroi, où elle était toujours indisposée d’une fâcheuse fièvre, tantôt tierce et tantôt quarte, elle en ferait en-deçà de cette grande rivière, en Champagne, en Picardie et dans l’Île-de-France. »


  1. Château-Regnault et Linchamps étaient deux citadelles ardennaises respectivement situées sur la Meuse et sur la Semoy, son affluent.

  2. Condé ayant été libéré.

  3. Sic pour « Leclerc, sieur du Tremblay » ; Saint-Étienne était le fils de Marie Leclerc, sœur de l’Éminence grise, et de Jean de Beaumont.

  4. Le 30 novembre 1653, Saint-Étienne livra Linchamps et Château-Regnault à Son Altesse (le prince de Condé) contre 10 000 écus, un petit lot de diamants et une liasse de billets qu’elle avait signés (note de Courteault).

Revenu en grâce après la Fronde, Beaumont avait obtenu les charges du président de Maisons, mais le roi les lui reprenait alors pour les donner à Saucourt. Dans sa lettre à André Falconet, datée du 4 mai 1660 (note [20]), Guy Patin a parlé de l’assassinat de Saint-Étienne, surnommé le Dragon, en le disant toujours gouverneur de la forêt de Saint-Germain.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 3 mars 1656. Note 27

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0435&cln=27

(Consulté le 04.07.2022)

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