À André Falconet, le 12 octobre 1669
Note [3]

La Gazette d’Amsterdam n’avait guère laissé planer de doute sur la mort du duc de Beaufort.

  • « De Venise, le 9 août. M. de Beaufort ou M. de Navailles a été tué à l’enlèvement d’un quartier ou à l’attaque d’un fort que l’un d’eux avait occupé et que l’autre voulait emporter d’assaut, croyant qu’il fût encore possédé par les infidèles » (no 35 du 29 août 1669).

  • « De Paris, le 12 août. En cette rencontre, {a} il {b} avait perdu 600 hommes et entre eux, 22 personnes ou officiers de marque, y compris M. le duc de Beaufort qui n’était point encore de retour, et dont un officier allemand qui parlait turc avait ouï dire en passant aux ennemis qu’ils avaient la tête et le corps de l’amiral de France » (ibid.).

  • « De Venise, le 17 août. Nous avons avis de Candie que le 25 juin, à la pointe du jour, M. de Beaufort, amiral de France, et M. de Navailles, généralissime des troupes que Sa Majesté très-chrétienne a envoyées à notre secours en Candie, firent une sortie de 3 000 hommes sur les Turcs, et les chassèrent de leurs lignes et de leurs retranchements ; mais que le feu s’étant pris à un magasin des infidèles, rempli de poudres, bombes, grenades et autres feux d’artifice, cela avait tellement étourdi la soldatesque qu’elle lâcha le pied, croyant que c’était une mine qui avait joué et qu’elle serait bientôt suivie de plusieurs autres ; et que sur cela, les infidèles étaient revenus à la charge, et avaient regagné leurs postes et repoussé les Français dans la ville, nonobstant la bravoure de tous les officiers qui y firent des merveilles ; et entre autres, M. de Navailles et M. de Beaufort qui y fut percé de plusieurs coups, qui le mirent en état de ne pouvoir pas se servir du secours qu’un cavalier français lui voulait donner en lui offrant la croupe de son cheval, et lui donnant même la main pour lui aider à monter dessus ; ensuite de quoi, il fut misérablement attaqué par les infidèles qui poursuivaient leur pointe ; {c} qu’en cette sortie, les Français ont perdu 600 hommes en tout, tant soldats que volontaires et officiers ; que les Turcs y en ont perdu plus de 1 500 et que sans cet accident imprévu, indubitablement le siège était tout à fait levé » (no 36 du 5 septembre 1669).

  • « De Paris, le 3 septembre. Le secrétaire de feu M. de Beaufort est arrivé à Toulon avec partie de ses domestiques et donne avis que ce fut de l’avis de M. le marquis de Saint-André Montbrun qu’on entreprit la malheureuse sortie où il a été tué, ayant été résolu dans le conseil de guerre de faire cette tentative et de faire sortir la plupart des troupes de la place si elle réussissait ; que ce pauvre prince fut abandonné, et rencontré tout seul et fort blessé par deux cavaliers qui firent tout leur possible pour le mettre en trousse {d} derrière l’un d’eux ; mais qu’il était si faible qu’il ne put pas seconder leur bonne volonté ; et fut ainsi massacré par les infidèles » (no 37 du 12 septembre 1669).

  • « De Paris, le 21 septembre. On a plusieurs avis que M. le duc de Beaufort n’est pas mort, mais que le premier vizir l’a envoyé comme prisonnier de guerre au Grand Seigneur ; ce qui ne s’accorde pas mal avec ce qu’en a ici rapporté le secrétaire de ce prince, savoir qu’il n’a jamais pu obtenir des Turcs de voir le corps de son maître » (no 40 du 3 octobre 1669).

  • « D’Amsterdam le 10 octobre. On mande de Vienne qu’on y a avis de Larissa {e} qu’on y a porté en triomphe la tête du feu M. le duc de Beaufort » (no 41 du jeudi 10 octobre).

  • « De Venise, le 27 septembre. Les obsèques honoraires de M. le duc de Beaufort ont été différées pour quelque temps, jusqu’à ce qu’on soit assuré de sa mort et que le monument qu’on lui prépare soit parachevé » (no 42 du 17 octobre 1669).

  • « De Venise, le 4 octobre. Mercredi passé on fit les obsèques de feu M. le duc de Beaufort en présence de notre duc, {f} de tout le Sénat et de tous les ministres étrangers, avec une pompe tout à fait extraordinaire. Dans l’église où le service se fit, il y avait deux chœurs et des musiques charmantes, le tout éclairé de plus de quatre mille flambeaux. Cette cérémonie fut conclue par une oraison funèbre qu’on fit en sa faveur, le tout pour témoigner de l’estime que la République se fait de sa personne » (no 42 du 24 octobre 1669).


  1. La sortie française du 25 juin qui est relatée plus en détail dans l’extrait suivant (daté du 17 août).

  2. Le duc de Navailles (v. note [3], lettre 697).

  3. Leur avancée.

  4. En croupe.

  5. Capitale de la Thessalie (qui était alors turque).

  6. Le doge.

En dépit de tout cela, le duc de Beaufort figure parmi les solutions proposées à l’énigme du « masque de fer » (pour avoir été le véritable père de Louis xiv… mais sans logique ni argument).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 12 octobre 1669. Note 3

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(Consulté le 05.04.2020)

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