À Charles Spon, le 10 avril 1650
Note [31]

Journal de la Fronde (volume i, fos 196 ro et 200 ro et vo) :

« Sur le bruit qui courut la semaine passée {a} que le marquis de Jarzé s’était jeté dans Saumur, {b} la marquise sa femme s’en alla à la dérobée ; et depuis l’on a su que ce marquis était aussi sorti de Saumur, dont le lieutenant qui commande, nommé M. Du Mont, a fait son traité par l’entremise de son père, qui était pour cet effet à Dijon. On lui a accordé une récompense de dix mille écus, au moyen de laquelle il promet de remettre cette place entre les mains de M. de Comminges. {c} On lui avait envoyé une assignation, laquelle il ne voulut pas recevoir, voulant de l’argent comptant ; mais on lui en a envoyé une autre qu’il pourra recevoir comptant. […]
Le 9, on eut avis de Saumur que M. de Comminges, ayant reçu les ordres de la cour de faire prendre les armes aux habitants des environs pour assiéger le château, fit aussitôt assembler la bourgeoisie dans l’hôtel de ville où, ayant été résolu d’obéir aux ordres de Sa Majesté, il envoya sommer sur les six heures du soir le sieur Du Mont, qui commande dans ce château, de le rendre ; ce que celui-ci refusa et commença dès lors à canonner la ville, sur laquelle il tira plus de cent coups de canon depuis ce temps-là jusqu’au lendemain sans tuer que deux hommes et sans blesser que quatre, mais il ruina quelques maisons, perça des murailles et abattit quelques cheminées ; lequel a continué du depuis avec 200 hommes qu’il a, mais les lettres qui en sont venues le 9 portent que le mal qu’il avait fait n’avait point encore augmenté, sinon en ce qu’ayant fait faire plusieurs décharges de mousquetades, il avait tué quelques personnes, toutefois en fort petit nombre. M. de Comminges y attendait le régiment de la Villette qu’on lui envoie de Limousin. Depuis, on a su par un courrier extraordinaire arrivé avant-hier {d} que le duc de La Rochefoucauld, ayant assemblé tout ce qu’il a pu de noblesse en Poitou, partit de La Rochefoucauld le 11 avec 1 500 chevaux et 2 000 fantassins, allant droit à Saumur pour le secourir. Le bruit a fort couru par la ville que M. le duc de La Trémoille fait aussi des levées en Poitou en même fin, mais ce courrier a assuré le contraire, après que M. le duc d’Orléans avait plusieurs fois dit que c’était un faux bruit et que Mademoiselle avait dit qu’elle en répondrait. » {e}


  1. Relation datée du 8 avril 1650.

  2. V. note [22], lettre 223.

  3. François de Guitaut, v. note [22], lettre 223.

  4. 13 avril.

  5. Faute d’être secouru à temps par La Rochefoucauld, Du Mont rendit le château à Guitaut le 18 avril.


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 10 avril 1650. Note 31

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(Consulté le 27.10.2020)

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